L’Union africaine vient de décider, cette année, de la création d’une agence panafricaine de notation. Dans une interview récente, Macky Sall a donné son appréciation sur cette décision de l’UA. « C’est très bien, je l’ai saluée, mais il ne faut pas se tromper de combat. Nous ne pouvons pas nous noter nous-mêmes, ce ne sera pas crédible ».
Pour l’ancien président sénégalais, il faut que cette agence fonctionne avec les big three (Moody’s, Fitch, S&P) pour leur fournir des informations, créer un dialogue interactif.
Macky Sall semble désormais plus convaincu de l’index Ibrahim composé de 10 paramètres. « C’est un index très crédible sur la gouvernance en Afrique ». Il plaide ainsi pour une collaboration entre la prochaine agence panafricaine de notation et l’index Ibrahim pour dialoguer avec les grandes agences américaines de notation.
Pourtant, alors président du Sénégal et même de l’Union africaine, c’est Macky Sall qui plaidait pour la naissance de cette agence. En mai 2022, à l’occasion d’une conférence économique à Dakar, Macky Sall parlait de « la nécessité, face aux injustices, aux notations parfois très arbitraires, d’avoir une agence panafricaine de la notation ». Macky avait même précisé qu’il y avait la finalisation d’une « étude sur les implications financières, structurelles et juridiques de la création d’une agence africaine de notation de crédit qui sera soumise à l’examen des ministres des Finances en juin 2022 ».
A l’époque, il n’était pas question de collaborer avec des agences de notation occidentales. C’était plutôt d’avoir une contre-notation face à celle ‘’très injuste’’ des Occidentaux.
« En 2020, disait-il, alors que toutes les économies subissaient les effets du Covid-19, 18 des 32 pays africains notés par au moins l’une des grandes agences d’évaluation ont vu leur notation dégradée. Ceci représente 56 % de notations dégradées pour les pays africains contre une moyenne mondiale de 31 % pendant la période ».
Très remonté contre les agences, Macky Sall ajoutait : « Des études ont montré qu’au moins 20 % – 20 % – des critères de notation des pays africains relèvent de facteurs plutôt subjectifs, d’ordre culturel ou linguistique, donc sans lien avec les paramètres qui jaugent de la stabilité d’une économie. La conséquence directe, c’est que la perception du risque d’investissement en Afrique reste toujours plus élevée que le risque réel. Nous nous retrouvons ainsi à payer plus qu’il ne faut des primes d’assurance, ce qui renchérit le crédit accordé à nos pays. Nous continuons à payer des taux d’intérêt très élevés à cause d’un système inéquitable d’évaluation du risque d’investissement en Afrique. »
Pourquoi alors l’ancien président en exercice de l’Union africaine, qui appelait hier à la création de cette agence, doute aujourd’hui de son efficacité, voire de sa pertinence ? Au lieu d’en faire une agence crédible, il semble la réduire en un instrument pour influencer les big three dans leur appréciation.
