Dans un communiqué qui évoque une réconciliation, l’État algérien propose aux jeunes en « situation précaire et irrégulière » à l’étranger de rentrer. Néanmoins, il prévient que des conditions strictes s’appliqueront aux membres de la diaspora qui ont critiqué la patrie.
Quoi de plus naturel que l’appel paternel d’un chef d’État à sa diaspora surnuméraire et invitée à participer à la construction de la mère patrie ? Sur les réseaux sociaux, la récente déclaration conciliatrice d’Abdelmadjid Tebboune semble tout de même inspirer suspicion à l’égard de ses intentions. C’est que l’évocation présidentielle d’une « paix des braves » est truffée de termes comme « grâce conditionnelle » et « [impératif de non] récidive ». Ainsi, Tebboune ne s’attaque pas seulement à la fuite des cerveaux naïfs ou aux mirages migratoires qui conduisent à l’exécution précaire de tâches humiliantes, loin de la patrie…
Dans ce communiqué, Abdelmadjid Tebboune s’adresse manifestement d’abord à ceux qui pourraient se sentir coupables et craindre un retour au pays. Mais coupable de quoi ? Depuis 2009, l’immigration clandestine est criminalisée en Algérie. De retour au pays, les migrants qui n’ont pas respecté toutes les règles administratives – notamment ceux qui sont interceptés en mer – peuvent être condamnés à une peine allant jusqu’à six mois de prison et 50 000 dinars d’amende. Suffira-t-il désormais de renoncer à un nouveau voyage non homologué ?
Coupable de crimes ou… d’opinion ?
En dehors du caractère clandestin du séjour à l’étranger, le propos présidentiel évoque les Algériens qui pourraient avoir copiné avec des « milieux criminels mafieux ». Abdelmadjid Tebboune précise immédiatement que sont exclus de ses mesures de compassion les auteurs « de crimes de sang, de trafic de drogue et d’armes »…
Si le discours inspire méfiance à ceux qui le captent depuis l’étranger, c’est que ceux-ci en décryptent d’abord la dimension politique. En effet, le texte publié met à l’index « toute personne ayant collaboré avec des services de sécurité étrangers dans le but de porter atteinte à sa patrie ». C’est explicitement aux repentis sincères du Hirak ou du dévergondage numérique, notamment les jeunes, que l’État entend offrir une « porte de retour ». Le communiqué affirme comprendre que ces personnes ont pu être, à leur façon, victimes de « manipulation ». Il leur faudra en revanche renoncer à toute nouvelle infraction…
La France en filigrane ?
Le souhait de voir revenir au pays de nombreux « égarés » tranche avec le refus récurrent opposé à la demande de certaines chancelleries de reprendre des ressortissants algériens indésirables. Et chacun de penser aux obligations de quitter le territoire français (OQTF) délivrées par Paris et compromises par Alger…
Si le régime algérien ne cite aucun pays, il se trouve que la France accueille bien la plus grosse communauté algérienne au monde et que les relations entre les deux pays ont été particulièrement tendues en 2025. Après la libération de l’écrivain Boualem Sansal, et alors que le journaliste Christophe Gleizes est toujours incarcéré, il se susurre que le ministre français de l’Intérieur pourrait se rendre à Alger dans les prochains mois.
