Aminata Touré dite MIMI, une femme d’État au parcours singulier: Traversée du désert et retour aux affaires
Née le 12 octobre 1962 à Dakar, Aminata Touré, plus connue sous le surnom de « Mimi », incarne l’image d’une femme politique au tempérament affirmé, à la fois technocrate rigoureuse et militante engagée. Son parcours est jalonné de combats pour la justice, la gouvernance éthique et l’égalité, mais aussi de revers politiques qu’elle a toujours affrontés avec une détermination remarquable.
Titulaire d’une solide formation universitaire et forte d’une carrière internationale, Aminata Touré s’est illustrée dans les sphères du développement et de la gouvernance avant de revenir sur la scène politique sénégalaise. En 2010, alors qu’elle occupe des fonctions au sein du système des Nations unies, elle rejoint Macky Sall comme directrice de cabinet, participant activement à l’élaboration du programme qui conduira à la victoire de ce dernier lors de la présidentielle de 2012.
De la Justice à la Primature : l’ascension d’une femme de poigne
Après l’élection de Macky Sall, Aminata Touré devient ministre de la Justice (2012-2013). Elle se fait alors connaître pour son engagement dans la lutte contre la corruption et la reddition des comptes, notamment à travers les poursuites contre d’anciens dignitaires du régime d’Abdoulaye Wade. Son franc-parler et sa fermeté lui valent autant d’admirateurs que d’adversaires.
En 2013, elle est nommée Première ministre, devenant ainsi la deuxième femme à occuper ce poste dans l’histoire du Sénégal. Toutefois, sa défaite aux élections locales de 2014 à Dakar, face à Khalifa Sall, précipite son limogeage le 4 juillet de la même année.
Traversée du désert et retour aux affaires
Écartée du premier plan, elle est nommée envoyée spéciale du président, un poste essentiellement honorifique, avant de faire son retour en 2019 à la tête du Conseil économique, social et environnemental (CESE), faisant d’elle le troisième personnage de l’État. Son mandat sera cependant écourté en octobre 2020, lorsque Idrissa Seck lui succède à la faveur d’un remaniement.
Rupture avec Macky Sall et virage vers l’opposition
En 2022, Macky Sall lui confie la tête de liste de la coalition présidentielle Benno Bokk Yakaar (BBY) pour les élections législatives. Malgré une victoire serrée, elle est écartée de la présidence de l’Assemblée nationale au profit d’Amadou Mame Diop, un choix qu’elle dénonce ouvertement. Ce désaveu marque une rupture définitive avec le camp présidentiel : Aminata Touré quitte le groupe BBY pour siéger comme députée non-inscrite, avant d’être déchue de son mandat en janvier 2023 pour avoir quitté le parti.
Recalée à la présidentielle de février 2024, elle choisit de soutenir Bassirou Diomaye Faye, dauphin de Sonko. Ce dernier, une fois élu, la nomme envoyée spéciale du président de la République, puis chargée de la restructuration de la coalition Diomaye Président.
La nomination d’Aminata Touré à la tête de la coalition « Diomaye Président » marque un tournant politique majeur et problématique dans la relation entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko. Ce choix, qui consiste à remplacer Aïda Mbodji proche de Sonko par Touré, révèle non seulement des divergences profondes, mais aussi une bataille d’influence au cœur du pouvoir exécutif.
Aminata Touré comme instrument de restructuration politique
Diomaye justifie le remplacement de Mbodji par Touré par la nécessité de donner à la coalition une nouvelle impulsion : selon le président, la structure est trop “léthargique” et affaiblie par des divisions internes. Ancienne Première ministre et superviseure générale de la campagne présidentielle, Mimi est perçue comme une figure expérimentée, capable de fédérer et de rendre la coalition “plus opérationnelle, mieux structurée et pleinement performante”.
Pour certains, Diomaye mise donc sur elle pour relancer le projet politique et consolider les bases de son pouvoir, en même temps qu’il affiche sa confiance dans son “esprit fédérateur” ainsi que dans sa capacité à mener une “ouverture” au-delà des clivages.
Une réaction vive de Sonko et du Pastef : le refus d’une mainmise présidentielle
Pour Ousmane Sonko et le Pastef, la nomination de Touré constitue une remise en cause directe. Le parti estime que Diomaye n’avait pas la légitimité pour évincer Mbodji, et refuse de “se reconnaître dans une initiative coordonnée par Madame Aminata Touré, avec qui nous ne partageons ni les mêmes valeurs, ni les mêmes principes”.
Ce désaveu est d’autant plus fort qu’il vient du parti de Sonko, principal allié de la coalition : en publiant un communiqué, le Pastef marque clairement son opposition à cette décision. Pour eux, Aïda Mbodji reste la coordonnatrice légitime.
La montée en puissance de Aminata Touré
La montée en puissance d’Aminata Touré dans la coalition est perçue comme un acte de “reprise en main” de Diomaye. Certains observateurs y voient le signe d’un affrontement latent entre le président et Sonko, potentiellement “transformable en une fracture irréversible” au sein de la majorité.
En décidant cette reconfiguration, Diomaye affirme son rôle d’architecte de la coalition, montrant qu’il entend structurer l’alliance à son image, avec des acteurs qu’il juge fiables et efficaces. Mais à l’inverse, le Pastef y dénonce non seulement une perte d’influence, mais une remise en question de son poids décisionnel : l’épisode pourrait affaiblir la cohésion du gouvernement et pousser Sonko à élargir ou consolider d’autres alliances au sein de l’Alliance patriotique qu’il pilote.
D’après certains observateurs, le choix de Mimi n’est pas anodin : ancienne figure de premier plan, elle incarne à la fois l’efficacité, l’expérience institutionnelle et une certaine neutralité idéologique. Pour Diomaye, elle est l’outil idéal pour structurer une coalition gagnante.
Mais pour Sonko et ses partisans, sa nomination va à l’encontre des ambitions du Pastef : ils lui reprochent de ne pas partager “les mêmes ambitions ni les mêmes valeurs” que leur mouvement. Cette divergence met en lumière une fracture idéologique plus profonde : s’agit-il seulement d’un redéploiement organisationnel, ou d’un réel “cavalier de l’élection présidentielle de 2029” politique par Diomaye ?
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