
Depuis la crise déclenchée par la révocation d’Aïssatou Mbodj (coordinatrice de la coalition Diomaye Président) et son remplacement par Aminata Touré, le Premier ministre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye s’opposent frontalement. L’enjeu : qui contrôlera la majorité à l’Assemblée nationale et la direction du parti Pastef.
Vendredi prochain, Sonko doit s’exprimer devant les députés. S’il parvient à rallier la majorité des membres de Pastef (qui détient la majorité parlementaire), il pourrait imposer un vote de censure contre le gouvernement ou bloquer les projets de loi présidentiels. Sonko mise sur son charisme et sa popularité auprès des jeunes et des militants de Pastef. Un meeting ou une mobilisation de masse pourrait faire pression sur Diomaye pour qu’il cède. En jouant sur les divisions au sein de la coalition (ex. anciens de Benno Bokk Yakaar, factions modérées), il pourrait obtenir des soutiens en échange de postes ou de concessions sur des projets clés (infrastructures, énergie). Son camp pourrait contester la légitimité de la nomination d’Aminata Touré devant le Conseil constitutionnel, arguant que la coalition n’a pas été dissoute. Un retrait calculé de Sonko de la Primature forcerait Diomaye à dissoudre l’Assemblée (art. 52 de la Constitution), ouvrant la voie à des élections législatives anticipées où Pastef pourrait conserver la majorité.
Diomaye détient le pouvoir de nomination et de révocation du Premier ministre (art. 49). Une motion de censure est peu probable vu que Pastef contrôle la majorité, mais une crise de confiance pourrait affaiblir les deux leaders. Des voix au sein de Pastef (ex. Marie Rose Faye) minimisent la crise, tandis que d’autres (Mimi Touré) soutiennent le Président. La crise a déjà impacté la note du Sénégal (CCC+ par S&P). Un blocage prolongé aggraverait la situation économique et la confiance des investisseurs.
Selon les analystes (Youssou Diallo, Club Sénégal Émergent), Sonko représente un défi institutionnel et pourrait être poussé à quitter la Primature si Diomaye active l’article 52 (dissolution ou limogeage). Cependant, Sonko garde un atout majeur : la légitimité populaire et le poids de Pastef à l’Assemblée. S’il réussit à maintenir la cohésion de son parti et à mobiliser ses soutiens, il pourrait forcer Diomaye à négocier un compromis (retour d’Aïssatou Mbodj, partage des postes clés).
La victoire de Sonko dépendra de sa capacité à rallier la majorité parlementaire, exploiter les failles juridiques et maintenir la pression populaire, tout en évitant une rupture constitutionnelle qui déstabiliserait le pays.
