Avec la brigade civique « Laabal », le gouvernement burkinabè fait interpeller des mendiants et des exploiteurs d’enfants. Il leur confie des travaux d’intérêt général et se penche sur les dimensions religieuses et économiques du phénomène.
Le pays du volontarisme révolutionnaire ne saurait rimer avec l’attitude de la main tendue. Comme la Révolution démocratique et populaire (RDP) de Thomas Sankara, la désormais proclamée « RPP » burkinabè (Révolution progressiste populaire) d’Ibrahim Traoré a donc décidé de s’attaquer au phénomène de la mendicité. En charge du ministère de l’Action humanitaire, Passowendé Pélagie Kaboré a récemment rappelé que la pratique, sous toutes ses formes, demeure interdite par la loi burkinabè.
Pour contrarier les tenants de ces pratiques, le gouvernement a activé la brigade civique « Laabal », sous l’égide du ministre de la Sécurité. Le mot fulfuldé Laabal signifie « droiture », « probité », « honnêteté » et cette brigade a pour vocation de « soutenir la restauration de l’autorité normative de l’État, en assurant une présence de proximité, une action éducative et une interpellation à visée corrective face aux manquements récurrents à l’ordre public ».
Interpellation et mise au chantier
Ladite brigade a commencé à interpeller des mendiants dans les rues de la capitale Ouagadougou. Des adultes ainsi raflés ont été mis à disposition de l’initiative présidentielle Faso Mêbo (« construire le Faso »). Largement médiatisés, comme le veut la vocation d’éducation révolutionnaire de masse, les désormais ex-mendiants participent à des travaux de pavage et de curage de canalisations.
Pour ne pas froisser la sensibilité confessionnelle de certains acteurs dont les fonctions formatrices ont parfois des liens avec une mendicité « éducative », la ministre de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale a reçu, le 7 novembre dernier, le président de l’Association des maîtres coraniques du Burkina Faso (AMCBF), Idrissa Kadiogo. Il a été convenu d’extraire les enfants de la rue, grâce à des « solutions endogènes communautaires mieux concertées ».
Casse-tête social
L’existence de la mendicité ne saurait être réduite à l’exploitation et à l’« esprit de paresse » évoqué par des responsables de la brigade Laabal, dans des contrées sahéliennes où des millions de personnes sont actuellement déplacées, en raison de l’insécurité jihadiste, mais aussi des effets du changement climatique ou de l’accès limité aux services, notamment éducatifs. Des agences humanitaires tirent régulièrement la sonnette d’alarme sur le nombre croissant d’enfants burkinabè en situation de précarité. La dignité et la sécurité des plus jeunes passeront par des solutions d’insertion économique et sociale durables.
La question de la mendicité est soulevée dans d’autres pays que le Burkina Faso et d’autres zones géographiques que le Sahel. Le représentant régional de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre déplore régulièrement que les enfants représentent plus de 60 % des victimes de la traite d’êtres humains en Afrique de l’Ouest, avec pour conséquence de l’exploitation sexuel ou de la mise sur le « marché » de la mendicité…
