Victime de violences et d’enlèvements perpétrés par des séparatistes anglophones, la communauté peule mbororo est également la cible d’abus de la part des forces armées, qui les soupçonnent de complicité avec les jihadistes. L’analyse de François Soudan, au micro de RFI.
Les Mbororos sont-ils les « mal-aimés » de la République camerounaise ? Ces éleveurs peuls paient un lourd tribut à la guerre qui oppose depuis près d’une décennie l’État aux séparatistes anglophones dans le nord-ouest du pays. Pris au piège de la « crise anglophone », ils se retrouvent aujourd’hui particulièrement exposés aux violences et aux représailles.
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Pourtant, les tensions ne datent pas du début de cette crise. Dans le Nord-Ouest, des rivalités anciennes opposaient déjà certaines communautés autochtones aux éleveurs mbororos autour des questions foncières. « Lorsqu’éclatent il y a dix ans les premiers troubles armés dans le Nord-Ouest, le fossé intercommunautaire sur lequel va se greffer le conflit anglophone existe donc déjà. Depuis, la crise n’a cessé de se creuser », rappelle François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique, au micro de RFI.
Les responsables de la communauté mbororo doivent alors trancher entre les autorités camerounaises et les combattants séparatistes ambazoniens, souvent appelés « Amba Boys ». Leur choix est rapide : « de manière claire et malgré les tentatives de séduction des séparatistes, ils prennent le parti des autorités », explique François Soudan.
Les « mal-aimés » de la République
Certains membres de la communauté participent alors à des activités de renseignement pour le compte de l’armée, ou mettent en place des comités de vigilance, ce qui déclenche de violentes représailles de la part des groupes armés séparatistes. Assassinats de chefs communautaires, incendies de villages, massacres de troupeaux et kidnappings contre rançon… Les Mbororos subissent depuis dix ans des sévices d’une grande brutalité.
Leur marginalisation s’étend au-delà des zones du conflit anglophone. Dans la région de l’Adamaoua et le septentrion camerounais, où l’armée lutte contre les incursions de groupes jihadistes, les Mbororos sont la cible de soupçons et d’abus. « Ils sont régulièrement les victimes d’exactions et d’arrestations arbitraires en fonction de cet axiome mortifère que l’on rencontre d’ailleurs dans toute la zone sahélienne, qui veut qu’un Peul est systématiquement soupçonné de complicité avec les jihadistes », souligne François Soudan.
La marginalisation persistante de cette communauté, présente dans plusieurs régions du pays, est au cœur d’une série de reportages réalisée par notre envoyé spécial, Yves Plumey Bobo, intitulée « La descente aux enfers des Mbororos ». Un travail de terrain qui permet de dresser un amer constat : au Cameroun, « les Mbororos sont un peu les étrangers de l’intérieur et les “mal-aimés” de la République », conclut François Soudan.
