Présenté à Abu Dhabi, le programme « Tchad Connexion 2030 » promet de transformer le pays en hub logistique du Sahel. Derrière l’ambition économique affichée par Mahamat Idriss Déby Itno, les interrogations persistent toutefois sur un climat politique verrouillé.
Qu’on se le dise : selon le pouvoir en place à N’Djamena, le Tchad est politiquement stabilisé et macroéconomiquement dynamique. C’était d’ailleurs le cœur de l’annonce du programme « Tchad Connexion 2030 », présenté le 10 novembre 2025 à Abu Dhabi.
Le maréchal président Mahamat Idriss Déby Itno a dévoilé ce nouveau plan national de développement lors du Forum sur le commerce et l’investissement Tchad – Émirats arabes unis, confirmant une fois de plus Abu Dhabi comme la centrifugeuse mondiale de l’argent à destination de l’Afrique.
L’émirat n’a pourtant pas toujours bonne presse. La crise qui sévit toujours au Soudan a notamment jeté une lumière crue sur sa stratégie d’influence tous azimuts, via un puissant réseau mâtiné d’investissements logistiques, d’activisme diplomatique et de présence sécuritaire. Il apparaît que l’aide émiratie aux paramilitaires du général Mohammed Hamdan Daglo, dit Hemetti, a notamment permis le huis clos si brutal de la prise de la ville d’El-Fasher, au Darfour.
Le Tchad, futur « carrefour logistique du Sahel » ?
En cherchant à financer, depuis Abu Dhabi, le colossal budget de près de 26 milliards d’euros de leur programme quinquennal – une vingtaine de milliards auraient été promis –, les autorités parlent d’une révolution économique. En partant d’une économie encore dépendante du pétrole, « Tchad Connexion 2030 » projette un doublement du produit intérieur brut (PIB) et des programmes sociaux susceptibles de sortir formellement 2,5 millions de citoyens de la pauvreté.
Doté d’un financement mixte, « Tchad Connexion 2030 » a été conçu avec l’appui du cabinet allemand Roland Berger et d’institutions comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, l’Agence française de développement ou encore le FMI. Ambitieux, le plan quinquennal prévoit un accès à l’eau potable pour 11 millions de personnes supplémentaires, une extension des surfaces irriguées à 100 000 hectares ou la construction de 7 000 km de routes.
