Les Ougandais se rendent aux urnes ce jeudi 15 janvier pour des élections législatives et présidentielle. Le président Yoweri Museveni cherche à prolonger ses 40 années au pouvoir, dans un contexte de répression et de blocage d’internet.
Dans la capitale Kampala, au moins un bureau de vote était ouvert comme prévu à 7 heures. Mais près de deux heures après le coup d’envoi du double scrutin, bon nombre n’avaient pas encore ouvert leurs portes aux électeurs pour ces élections sous tension. Dans plusieurs localités, les machines biométriques censées vérifier leur identité connaissaient des difficultés, potentiellement liées au blocage d’internet imposé par les autorités. « Le dispositif censé identifier les électeurs est en panne », a indiqué un observateur du scrutin à Jinja (Est).
Signe de la nervosité ambiante, le quotidien Daily Monitor a publié une pleine page sur la manière de « protéger [son] domicile en vue des élections », conseillant aux citoyens de renforcer leurs portes et fenêtres et de s’aménager une pièce sécurisée. Cette tension est familière dans le pays, après les quatre décennies de règne et six mandats présidentiels de Yoweri Museveni, 81 ans, ex-guérillero accusé d’abus généralisés.
Un scrutin joué d’avance ?
Son principal adversaire, l’ancien chanteur de raggamuffin Bobi Wine, 43 ans, se présente comme le « président du ghetto », en référence à son quartier natal situé dans un des bidonvilles de la capitale, Kampala. Des centaines de ses partisans ont été arrêtées durant sa campagne, lors de laquelle il a pris l’habitude de porter un gilet pare-balles, qualifiant la période pré-électorale de « guerre » et le président de « dictateur militaire ». Ils n’en gardent pas moins espoir : les rassemblements du candidat ont attiré des foules plus nombreuses que prévu.
Mais nombre d’observateurs voient dans le scrutin de jeudi une formalité pour le président sortant, qui se déroule dans un climat condamné par l’ONU comme « marqué par une répression et une intimidation généralisées » et de contrôle total de Yoweri Museveni sur l’appareil d’État.
L’autre grand chef de l’opposition, Kizza Besigye, qui s’est présenté à quatre reprises contre Yoweri Museveni, a été enlevé en 2024 au Kenya et est réapparu devant une cour martiale en Ouganda. Il reste détenu pour des accusations de trahison.
Internet coupé, malgré les promesses
Une importante présence policière et militaire était observée dans les rues de Kampala à la veille du scrutin. Beaucoup d’habitants étaient nerveux. « Nous ne parlerons pas des élections. Vous pouvez poser n’importe quelle question, mais pas celle-là », a déclaré un comptable d’une trentaine d’années qui n’a pas voulu donner son nom. « Allez voter, a déclaré le président dans un discours cette semaine. Quiconque veut porter atteinte à votre liberté, je l’écraserai. »
La police a averti que le vote n’était « pas une justification pour des actes criminels » et a déployé des « agents spéciaux auxiliaires » nouvellement recrutés pour maintenir l’ordre.
« Nous sommes parfaitement conscients qu’ils prévoient de truquer l’élection, de brutaliser la population, de tuer des gens, et ils ne veulent pas que le reste du monde le voie », a déclaré Bobi Wine à l’AFP. L’opposant, qui a été arrêté à plusieurs reprises et torturé en détention militaire avant la présidentielle de 2021 (sa première candidature) a promis des manifestations en cas de fraude électorale.
Malgré plusieurs scandales de corruption, Yoweri Museveni reste pour beaucoup le « père de la nation », qui a tiré le pays du chaos politique et économique à l’issue d’une guerre de brousse contre ses rivaux dans les années 1980. Plus de 70 % de la population du pays a moins de 30 ans et n’a connu que le « Mzee » –, « Le Vieux » en swahili, un surnom teinté de bienveillance.
(Avec AFP)
