Décès d’un étudiant à l’UCAD : le ministre Daouda Ngom dénonce des influences politiques et appelle à l’apaisement
Lors de la conférence de presse du gouvernement tenue à la suite du décès tragique de l’étudiant Abdoulaye Ba, survenu lors d’affrontements à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Pr Daouda Ngom, a livré une déclaration ferme, mêlant clarifications juridiques, dénonciation de dérives au sein du mouvement étudiant et appel solennel au calme.
Le ministre a d’abord pointé du doigt ce qu’il qualifie d’« influences extérieures », notamment politiques, qui pèseraient sur certains délégués étudiants. « Il est établi que certains dirigeants d’étudiants subissent des influences extérieures, plus particulièrement l’influence politique », a-t-il affirmé, confirmant ainsi des propos déjà tenus par le Premier ministre. Pr Daouda Ngom a estimé que le profil de certains leaders du mouvement étudiant pose problème, évoquant le cas d’un responsable âgé de 31 ans, inscrit depuis près de dix ans à l’UCAD sans avoir achevé son master. Selon lui, « on ne peut pas faire dix ans pour un cycle qui doit durer cinq ans et continuer à diriger le mouvement étudiant ». Des questions qui, selon le ministre, doivent être abordées « avec courage » au sein de la communauté universitaire.
Sur la question sensible des franchises universitaires, souvent invoquées dans le débat public, le ministre a tenu à lever toute ambiguïté. Il a assuré que « les franchises universitaires n’ont jamais été violées par l’État », en s’appuyant sur la loi 94-79 relative aux franchises et libertés universitaires. Il a rappelé que ces franchises concernent exclusivement les espaces pédagogiques – facultés, unités de formation et de recherche, instituts et établissements d’enseignement supérieur – et n’incluent pas le campus social. « Le campus social, c’est comme un quartier de Dakar », a-t-il insisté, dénonçant une confusion largement répandue dans l’opinion.
Abordant l’origine des troubles, liée à la question des bourses, Pr Daouda Ngom a reconnu l’existence possible d’une incompréhension entre les étudiants et l’administration. Il a toutefois assuré qu’à ce jour, « l’État ne doit aucun arriéré de bourse aux étudiants », les paiements étant effectués régulièrement autour du 5 de chaque mois. Il a expliqué que les réformes en cours visent à aligner le versement des bourses sur la durée effective de présence de l’étudiant à l’université, tout en garantissant les douze mois de bourse par an. Une réforme destinée, selon lui, à harmoniser le calendrier académique avec celui des allocations.
Le ministre s’est également interrogé sur les refus de paiement des tickets de restauration, pourtant subventionnés à hauteur de 90 % par l’État. Il a rappelé qu’un étudiant ne paie que 250 francs CFA par jour pour ses trois repas, contre environ 2 250 francs pris en charge quotidiennement par l’État. Plus largement, Pr Daouda Ngom a mis en avant l’effort budgétaire consenti par le Sénégal dans le sous-secteur de l’enseignement supérieur, indiquant que 105 milliards de francs CFA ont été consacrés aux bourses en 2025, un montant largement supérieur à celui de plusieurs pays voisins.
Revenant sur les mécanismes de dialogue, le ministre a rappelé les nombreuses concertations initiées par son département, notamment les Assises de l’enseignement supérieur tenues en juillet 2025, les rencontres régulières avec les syndicats et les amicales d’étudiants, ainsi que la mise en place d’un comité sectoriel de dialogue social. Il a également évoqué l’atelier de renforcement des capacités sur le dialogue social organisé en décembre 2025 avec une forte participation estudiantine.
En conclusion, Pr Daouda Ngom a souligné la nécessité de poursuivre les réformes structurelles pour bâtir un enseignement supérieur de qualité, fondé sur l’éthique, la responsabilité et l’excellence. Avant de clore son propos, il a adressé une prière pour le repos de l’âme de l’étudiant décédé et lancé un appel solennel aux étudiants : « au calme, à la retenue, à la non-violence, à la concertation, au dialogue et à la dignité ». « La vie humaine est sacrée », a-t-il insisté, affirmant que seule une démarche apaisée et responsable permettra d’honorer la mémoire d’Abdoulaye Ba.
