Denis Sassou Nguesso se présente face à six candidats dimanche (15.03.26) pour une élection présidentielle à laquelle il est habitué. Le président sortant, âgé de 82 ans, cumule quarante années de pouvoir. Denis Sassou Nguesso a en effet dirigé le Congo, ce pays pétrolier d’Afrique centrale de 1979 à 1992, au temps du parti unique. Il a reconquis le pouvoir par les armes en 1997, après quatre mois de guerre civile à Brazzaville. Réélu sans réelle opposition depuis, il n’a pas désigné de successeur et tient d’une main de fer les rênes de son pays de six millions d’habitants.
Denis Sassou Nguesso est le grand favori du scrutin présidentiel, en l’absence des deux principaux partis de l’opposition : l’Union panafricaine pour la Démocratie sociale (UPADS) de l’ancien président défunt Pascal Lissouba et l’Union des démocrates et humanistes-Yuki (UDH-YUKI) qui boycotteront le scrutin.
Six candidats feront face au président Denis Sassou Nguesso qui, en termes de longévité au pouvoir, il n’est dépassé sur le continent que par ses homologues de Guinée équatoriale Teodoro Obiang Nguema et du Cameroun Paul Biya.
« Les dés sont pipés »
Le plus jeune, Destin Gavet, 34 ans, du Mouvement républicain (MR), se présente pour la première fois. Viennent ensuite Vivien Manangou, enseignant en droit, Zinga Mabio Mavoungou, du parti d’opposition L’Alliance, et Dave Mafoula, des Souverainistes, déjà en lice en 2021. Les deux derniers candidats sont des habitués des scrutins présidentiels : Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, du parti La Chaîne, opposant régulier depuis 2002, et Anguios Nganguia Engambé, qui se présente pour la quatrième fois d’affilée.
« Les dés sont pipés », croit savoir l’opposant Clément Miérassa, ancien ministre et candidat malheureux aux présidentielles de 1992 et 2009.
« Denis Sassou Nguesso contrôle tout le dispositif d’organisation des élections » et les candidats qui se présentent face à lui sont vus par l’opinion comme « des accompagnateurs », explique-t-il.
Le taux de participation est le principal enjeu
Plusieurs observateurs doutent ainsi de la défaite de Denis Sassou Nguesso. Le président sortant est assuré de remporter un scrutin « joué d’avance », selon l’opposiiton.
« Tel que le système est organisé, il n’y a aucune chance qu’un parti d’opposition puisse menacer Denis Sassou Nguesso. La Commission nationale électorale indépendante est entre les mains du parti au pouvoir », estime le journaliste indépendant et analyste Alphonse Ndongo.
Il indique que « la grande bataille de cette élection, c’est de lutter contre l’abstention. Le président sait lui-même que le mandat passé n’a pas été reluisant pour lui, surtout du point de vue social, il n’a jamais autant battu campagne que cette fois ci. Tous les cadres du gouvernement ont été réquisitionnés » dans ce but.
Depuis le début de la campagne électorale fin février, les portraits géants du président sortant et les drapeaux rouges de son Parti congolais du Travail (PCT) – qui rappellent ses origines marxistes-léninistes – ont envahi les rues des grandes villes.
Le président Sassou Nguesso a d’ailleurs exhorté les électeurs à se rendre aux urnes. « Pas d’abstention ! », a-t-il lancé lors d’un meeting à Pointe-Noire, la deuxième ville du pays, au premier jour de la campagne.
Si le candidat met en avant son bilan économique, notamment la modernisation des infrastructures, le développement du secteur gazier ou de l’agriculture pour que le Congo devienne autosuffisant, de nombreux jeunes présents à ce meeting fustigeaient le manque d’opportunités et d’emplois.
Le pays est pourtant riche en pétrole et gaz qui assurent la grande majorité des revenus de l’Etat et tirent la croissance, estimée à 2,9% en 2025. Mais presque la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.
Soulignant qu’il ne restera « pas une éternité au pouvoir », Denis Sassou Nguesso refuse toujours de se prononcer sur un éventuel successeur. En cas de nouvelle victoire à l’issue du scrutin de dimanche, le « saut dans le vide » redouté par ses partisans, devrait être repoussé à 2031, la Constitution l’empêchant en principe de se représenter une nouvelle fois.
Auteur: Reliou Koubakin, Avec agences
