La tension monte entre Washington et Pretoria : convoqué par le chef de la diplomatie sud-africaine, le nouvel ambassadeur américain, Brent Bozell, est accusé d’avoir franchi une ligne rouge en critiquant un chant de lutte contre l’apartheid.
Le ministre sud-africain des Affaires étrangères Ronald Lamola a convoqué le nouvel ambassadeur des États-Unis en Afrique du Sud Brent Bozell, pour qu’il s’explique sur des propos jugés « non-diplomatiques », moins d’un mois après avoir pris ses fonctions à Pretoria.
Brent Bozell est arrivé dans un contexte de relations bilatérales fortement dégradées, les États-Unis reprochant à l’Afrique du Sud sa plainte pour génocide déposée contre Israël pour sa guerre à Gaza devant la justice internationale et une prétendue persécution des Afrikaners, ces descendants des colons européens.
« Kill the Boer, Kill the farmer »
Le 10 mars, lors de sa première prise de parole publique depuis son arrivée en février, l’ambassadeur américain a critiqué les « propos haineux » du chant « Kill the Boer, Kill the farmer » (« Tuez le Boer, Tuez le fermier »), issu de la lutte contre le régime d’apartheid. Il a aussi critiqué plusieurs programmes et législations mis en œuvre par le gouvernement en Afrique du Sud.
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« Nous avons convoqué l’ambassadeur des États-Unis, l’ambassadeur Bozell, pour qu’il explique ses propos non-diplomatiques », a déclaré le ministre lors d’une conférence de presse.
La justice sud-africaine a jugé par le passé que le slogan historique « Kill the Boer » ne constituait pas un discours de haine et qu’il devait être considéré dans le contexte de la lutte de libération contre le régime ségrégationniste mis en place par la minorité blanche.
Le 11 mars, Brent Bozell a semblé faire machine arrière dans un message posté sur X : « Je tiens à préciser que, même si mon opinion personnelle — comme celle de nombreux Sud-Africains — est que le « Kill the Boer » constitue un discours de haine, le gouvernement des États-Unis respecte l’indépendance et les conclusions de l’appareil judiciaire sud-africain. »
« Racisme inversé »
Lors d’une rencontre entre le président sud-africain Cyril Ramaphosa et Donald Trump à la Maison Blanche en mai 2025, le président américain avait, pour soutenir ses accusations de persécution des Afrikaners, diffusé la vidéo de l’opposant radical sud-africain Julius Malema en train de reprendre le chant. Le président Ramaphosa avait rétorqué que Julius Malema était un adversaire politique.
L’ambassadeur américain a également critiqué un programme économique destiné à corriger les inégalités héritées de l’apartheid et visant à favoriser l’accès à l’emploi des Noirs, estimant que ces politiques avaient entraîné une « stagnation » de l’économie.
Les programmes de discrimination positive à l’embauche ne sont « pas du racisme inversé, comme l’a malheureusement laissé entendre l’ambassadeur, a réagi le ministre Lamola. C’est un instrument fondamental conçu pour remédier aux déséquilibres structurels propres à l’histoire singulière de l’Afrique du Sud. C’est un impératif constitutionnel que le gouvernement sud-africain ne pourra et ne voudra jamais abandonner ».
(Avec AFP)
