Dans les banques, chez les opérateurs de monnaie électronique, tout comme chez les cambistes, le manque de billets a des conséquences graves pour de nombreux Guinéens qui ne cachent plus leur mécontentement.Le gouvernement, pour sa part, s’efforce de minimiser la crise et évoque une volonté de migrer vers des transactions financières numériques.
Une situation qui suscite le mécontentement
Au rond-point Hamdallaye, en banlieue de Conakry, une trentaine de fonctionnaires guinéens patientent devant une agence bancaire. Leurs salaires sont bien virés sur leurs comptes depuis plusieurs jours, mais avec la crise qui frappe la Guinée, récupérer son argent est devenu très difficile.
Parmi ces clients, il y a Mariame Sylla. Elle explique être venu à l’agence depuis 6h pour encaisser son argent. « Cela fait quatre jours aujourd’hui que je cherche. Difficilement, on en trouve. Cela nous fatigue beaucoup. J’étais à la caisse, on me dit que je peux retirer seulement un million, alors que j’ai besoin de trois à quatre millions de francs guinéens » se désole-t-elle.
La même frustration se fait entendre ailleurs dans la capitale. Dans une autre agence bancaire, au quartier Kipé, un client, qui a requis l’anonymat, exprime-lui aussi son mécontentement. »Je n’ai pu avoir qu’un million seulement. Je ne suis pas content, parce que c’est le mois de carême et il y a beaucoup de dépenses » explique-t-il.
Direction maintenant Madina, le plus grand marché du pays. Ici aussi, le manque de liquidités se fait sentir. Chez les cambistes notamment. Thierno Sadou Bah est l’un d’entre eux.
« Aujourd’hui, nous rencontrons beaucoup de difficultés au marché. Nous n’arrivons pas à trouver de liquidités, ni avec les bureaux de change, ni avec Orange Money. Quand on essaye le retrait chez nos distributeurs, on peut rester une à deux semaines sans recevoir même un franc » assure Thierno Sadou Bah.
Le gouvernement se veut rassurant
Malgré les nombreuses plaintes des Guinéens, les responsables de banques que nous avons contactés préfèrent garder le silence.
De son côté, le gouvernement continue de nier l’existence d’une crise. Il y a quelques jours, le ministre des Transports et porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, s’est voulu rassurant.Selon lui « il n’y a pas de crise de liquidités, comme on entend souvent les gens l’exprimer ». Il assure par ailleurs « qu’il y a aujourd’hui une volonté d’encourager des modes alternatifs de transactions financières. »
Mais la Guinée est-elle réellement prête pour une économie plus numérique ? Pour Abdoul Malick Diallo, un habitant de Conakry, la réponse est non. Il n’y a pas selon lui « la logistique nécessaire pour permettre aux populations vivant en zones rurales de convertir le cash en monnaie numérique. »
En attendant une solution concrète, la rareté de l’argent liquide continue de compliquer le quotidien de nombreux Guinéens… et de peser sur l’économie.
Auteur: Abdoulaye Sadio Diallo
