Le coup de force de Donald Trump au Venezuela et l’arrestation spectaculaire de Nicolás Maduro ont provoqué une onde de choc discrète mais profonde sur le continent africain. Entre sidération, prudence et silence calculé, les réactions révèlent la peur diffuse de nombreux régimes, analyse François Soudan, dans La Semaine de JA, sur RFI.
« Il y a eu un sentiment de sidération face au choc des images », souligne François Soudan. Voir un chef d’État « kidnappé au cœur même de sa présidence » a ravivé chez nombre de dirigeants africains un sentiment de grande vulnérabilité, inédit depuis la chute de Kadhafi. Même beaucoup mieux protégé que nombre de dirigeants africains, Nicolás Maduro « n’avait aucune chance face à un tel acte d’impérialisme débridé », constate le directeur de la rédaction de Jeune Afrique au micro de RFI.
Condamnations rares, silence dominant
Trois attitudes se dégagent. D’abord, des condamnations explicites, limitées à l’Afrique du Sud et au Ghana. Ensuite, des messages de soutien ambigus au « peuple vénézuélien », venus notamment d’Angola, du Tchad ou encore du Sénégal. Enfin, le mutisme, majoritaire, beaucoup se contentant de se retrancher derrière l’appel de l’Union africaine au respect du droit international.
Un silence d’autant plus parlant qu’il concerne aussi des pays proches de Caracas, comme l’Algérie, ou les États de l’Alliance du Sahel, dont le communiqué tardif condamne l’opération, mais sans réclamer la libération de Maduro.
« Il n’y a pas d’autre explication que la crainte », juge François Soudan. L’épisode rappelle en outre qu’une alliance avec la Chine ou la Russie « n’est en rien une assurance vie ». Derrière l’opération, Trump déploie une logique de prédation assumée : économique, géopolitique et idéologique. Le message adressé aux dirigeants africains est limpide : « Si vous êtes un dirigeant putschiste ou mal élu, mais que vous n’entrez dans aucun de ces cas de prédation, vous n’avez pas de souci à vous faire. »
