Le continent a traversé une année 2025 tumultueuse au gré des caprices du président américain. Retour, mois par mois, sur les principaux épisodes de ces mois compliqués.
Durant cette année 2025, Donald Trump a, à la fois, déclaré un « génocide blanc » en Afrique du Sud, menacé d’une intervention militaire au Nigeria et coupé l’aide étrangère vitale. Mais le président américain a également relancé les négociations commerciales avec l’Afrique, notamment dans le domaine des minéraux critiques et de l’énergie, et relancé le processus de paix inachevé dans l’est de la RDC. Une année de relations États-Unis – l’Afrique en montagnes russes.
Janvier
Décrets exécutifs
Le second mandat de Donald Trump démarre en fanfare, avec un président qui signe un nombre record de 36 décrets présidentiels (DP) dès sa première semaine.
Ces mesures comprennent le gel de l’aide étrangère et des programmes de santé vitaux, la suspension de l’admission des réfugiés et la fin de l’engagement du président Joe Biden auprès de la diaspora, donnant le ton à une politique africaine plus transactionnelle.
Les décrets présidentiels créent également le Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE), éphémère, sous la direction d’Elon Musk, jetant ainsi les bases du démantèlement de l’Agence américaine pour le développement international (Usaid) et d’une restructuration de l’aide étrangère américaine qui se poursuit encore aujourd’hui.
Fin de l’Usaid
Déclarant l’USaid « irrémédiablement compromise », Elon Musk annonce la fermeture de l’agence. L’administration finira par licencier environ 4 500 employés fédéraux et réduire de plusieurs milliards de dollars l’aide, ce qui entraînera la mort estimée de centaines de milliers de personnes des suites de maladies et de malnutrition, tout en nuisant au soft power américain dans le monde.
Cette décision précipitée met aussi fin aux initiatives menées par l’Usaid visant à promouvoir les liens économiques des États-Unis avec le continent, notamment Prosper Africa et Power Africa. Trump entreprend également de fermer la Fondation américaine pour le développement de l’Afrique et l’Institut américain de la paix.
Recul démocratique
Sous la direction de la procureure générale Pam Bondi, le soutien des États-Unis à l’état de droit passe au second plan face aux arrangements transactionnels. Dès sa première semaine de fonctions, la plus haute responsable de l’application des lois du pays relègue au second plan les initiatives de bonne gouvernance, particulièrement la loi sur les pratiques de corruption à l’étranger (FCPA), la loi sur l’enregistrement des agents étrangers (FARA) et le groupe de travail sur l’influence étrangère du ministère de la Justice.
L’année tempétueuse que va connaître l’Afrique du Sud commence par un décret présidentiel de la Maison-Blanche « visant à sanctionner les agissements répréhensibles » de Pretoria. Citant les expropriations de terres et autres actions « alimentant une violence disproportionnée contre les propriétaires fonciers “racialement” défavorisés », il gèle l’aide bilatérale et annonce des projets d’accueil de « réfugiés » afrikaners blancs.
Sanctions envers le Rwanda
Le département du Trésor américain sanctionne le ministre d’État rwandais chargé de l’intégration régionale, James Kabarebe, pour son soutien présumé au groupe rebelle M23 dans l’est du Congo. Le porte-parole du M23, Lawrence Kanyuka Kingston, est également sanctionné.
Mars
Relance des combustibles fossiles
L’énergie est un domaine dans lequel Donald Trump est globalement apprécié des dirigeants politiques et économiques africains. Alors que 600 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité et que le continent contribue le moins aux émissions mondiales, la politique énergétique globale de Washington – présentée par le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, lors du Sommet africain de l’énergie – suscite beaucoup d’enthousiasme.
Le recul des États-Unis en matière de politique climatique menace cependant un continent particulièrement vulnérable au réchauffement climatique.
Défense de l’Africom
Les discussions concernant la fusion du commandement américain pour l’Afrique (Africom) avec le commandement américain pour l’Europe, tous deux basés à Stuttgart, atteignent leur paroxysme, alors que l’administration Trump examine des moyens de réduire les dépenses.
On parle aussi d’un possible déclassement du Bureau des affaires africaines du département d’État. Ces mesures sont jugées inacceptables par le Congrès, qui, dans son budget annuel de défense, protège à la fois l’Africom et le Bureau des affaires africaines du département d’État.
L’ambassadeur sud-africain persona non grata
Le secrétaire d’État, Marco Rubio, expulse l’ambassadeur sud-africain, Ebrahim Rasool, après que ce dernier a accusé Donald Trump de mobiliser la suprématie blanche à travers le monde. Neuf mois plus tard, Pretoria n’a toujours pas d’ambassadeur à Washington.
Avril
Les minerais de la RDC convoités
La quête mondiale de Trump pour les minéraux stratégiques s’étend jusqu’en Afrique. Le président nomme Massad Boulos, le beau-père de sa fille Tiffany, conseiller principal pour les affaires africaines et l’envoie en mission dans quatre pays : la RDC, le Rwanda, le Kenya et l’Ouganda. L’objectif ? Conclure un accord de sécurité contre l’exploitation minière dans l’est du Congo, ravagé par la guerre.
À Washington, Marco Rubio reçoit les ministres des Affaires étrangères de la RDC et du Rwanda pour la signature d’une déclaration de principes pour la paix.
Augmentation des droits de douane
L’annonce par le président américain augmentation générale des droits de douane, le 2 avril, qualifié de « jour de la libération » sème la panique sur le continent. Pour punir les pays qui affichent des excédents commerciaux avec les États-Unis, Trump menace d’imposer des droits de douane allant de 10 % à 50 % au petit Lesotho, un bénéficiaire clé de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA).
Face à l’effondrement des marchés boursiers, Trump suspend cette augmentation pendant quatre-vingt-dix jours. Ses volte-face ultérieures lui vaudront le surnom de Taco, acronyme de « Trump Always Chickens Out » (Trump se dégonfle toujours).
Mai
Ramaphosa à Washington
Soucieux de rétablir les relations avec l’Amérique et de sauver l’un des plus importants marchés d’exportation de son pays, le dirigeant de la principale puissance industrielle africaine, Cyril Ramaphosa se rend à Washington en mission diplomatique.
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa est pris au dépourvu dans le Bureau ovale par un Trump mal informé qui reprend à son compte les exagérations de Musk sur le « génocide blanc » concernant la menace qui pèse sur les fermiers afrikaners blancs et lui montre une vidéo trompeuse contenant des images de sacs mortuaires filmées en réalité à Goma, en RDC.
Saga des déportés
Le minuscule royaume d’Eswatini devient le premier pays africain connu à signer un accord de « déportation vers un pays tiers » avec l’administration Trump, désireuse de se débarrasser de ceux qu’elle qualifie de « particulièrement barbares » vers certains des pays les plus pauvres du monde. Plusieurs autres pays africains lui emboîtent le pas, notamment le Ghana, le Liberia, le Rwanda, le Soudan du Sud et l’Ouganda. Des accords avec la Guinée équatoriale et la Libye sont évoqués mais non confirmés.
Diplomatie commerciale
Lors de l’Africa CEO Forum 2025, à Abidjan, le plus haut diplomate américain pour l’Afrique, Troy Fitrell, a dévoilé un plan en six points visant à stimuler le commerce et les investissements américains sur le continent. Troy Fitrell annonce également un projet de sommet des dirigeants États-Unis-Afrique à New York en septembre, qui n’aura finalement pas lieu.
Juin
L’interdiction de voyager 1.0
Invoquant la nécessité de protéger les citoyens américains contre les menaces terroristes et « l’idéologie haineuse », la Maison-Blanche annonce sa première série d’interdictions de voyager. Le département d’État cesse de délivrer des visas (à de rares exceptions près) aux citoyens de 12 pays, dont le Tchad, la RDC, la Guinée équatoriale, l’Érythrée, la Libye, la Somalie et le Soudan.
Le Tchad impose des interdictions de visa réciproques aux citoyens américains. Les États-Unis suspendent également partiellement la délivrance de visas aux ressortissants de sept autres pays, dont le Burundi, la Sierra Leone et le Togo.
Un « Quad » pour le Soudan
Le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau réunit à Washington des représentants de l’Égypte, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis (EAU) pour le lancement d’un « Quad pour le Soudan » visant à mettre fin au conflit brutal dans le pays.
L’initiative vise à aligner certains des principaux acteurs extérieurs à la guerre civile, mais la réticence de Washington à dénoncer fermement le soutien des Émirats arabes unis aux Forces de soutien rapide (FSR), responsables d’un génocide, en compromet l’efficacité.
Remaniement au NSC
La tourmente au sein de la Maison-Blanche se poursuit, avec le major général Jami Shawley contraint de démissionner après moins de quatre mois en tant que directeur principal pour l’Afrique du Conseil national de sécurité (NSC).
Cette décision intervient alors que le bureau Afrique est intégré au dispositif plus vaste du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, ce que les experts considèrent comme une « dévalorisation significative de l’importance de l’Afrique en tant qu’enjeu de sécurité nationale ».
Sommet d’affaires américain en Angola
Troy Fitrell dirige la délégation américaine au Sommet des affaires États-Unis-Afrique à Luanda. Avec une participation record de 2 700 personnes, dont 12 chefs d’État, le département d’État annonce de nouveaux accords et engagements d’une valeur de 2,5 milliards de dollars entre les États-Unis et leurs partenaires africains, dont des millions d’investissements dans le corridor de Lobito reliant les mines de cuivre et de cobalt de Zambie et de RDC à la côte atlantique de l’Angola.
Juillet
Mini-sommet africain de Trump
Le 9 juillet, Trump reçoit cinq dirigeants de petits États d’Afrique de l’Ouest pour un déjeuner de travail à la Maison-Blanche. Cette visite constitue un coup diplomatique pour les présidents du Gabon, de la Guinée-Bissau, du Liberia, de la Mauritanie et du Sénégal, tous désireux d’éviter les droits de douane de Trump.
Les États-Unis font quelques progrès sur les accords miniers, mais la visite est assombrie par la controverse concernant les demandes non satisfaites de Washington en matière d’expulsions de ressortissants de pays tiers et par les éloges de Trump envers le président libérien Joseph Boakai pour sa maîtrise de l’anglais, la langue officielle du pays.
Nouveau chef à l’Africom
Le Sénat américain confirme la nomination du général de l’armée de l’air Dagvin Anderson à la tête de l’Afriom, en remplacement du général des Marines, Michael Langley. Dagvin Anderson, qui connaît bien l’Afrique, a précédemment dirigé le Commandement des opérations spéciales pour l’Afrique (SOC-Africa).
Août
Droits de douane 2.0
Le 1er août, Donald Trump dévoile sa liste révisée de droits de douane, qui doivent entrer en vigueur le 7 août. De nombreux pays africains, soumis à des nouveaux droits de douane réciproques minimaux de 10 %, sont toutefois soulagés.
L’Algérie, la Libye et l’Afrique du Sud subissent cependant une pénalité de 30 %, tandis que la Tunisie se voit imposer des droits de douane de 25 %.
Retour au Sahel
Les membres de la Commission des forces armées de la Chambre des représentants effectuent leur visite annuelle sur le continent. Après deux tentatives infructueuses, ils parviennent finalement à se rendre au Burkina Faso pour des entretiens avec le gouvernement du président Ibrahim Traoré. Cette visite intervient alors que l’administration Trump intensifie également ses efforts de rapprochement avec les régimes putschistes du Sahel.
Le sous-secrétaire d’État adjoint (DAS) aux Affaires africaines, William Stevens, se rend au Burkina Faso et au Niger en mai et au Mali fin juillet, tandis que Rudy Atallah, directeur adjoint principal du NSC pour la lutte contre le terrorisme, se rend également à Bamako.
Septembre
Les États-Unis engagent l’Afrique à l’ONU
Les États-Unis profitent de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, pour s’engager auprès de l’Afrique. Pendant que Massad Boulos tient une rare réunion avec le ministre des Affaires étrangères de l’Érythrée, Osman Saleh Mohammed, Landau s’entretient avec le vice-président de Guinée équatoriale, Teodoro Nguema Obiang Mangue, qui fait l’objet de sanctions. Landau annonce également son soutien aux investissements publics par le Maroc au Sahara occidental.
Partenariats de santé « L’Amérique d’abord »
À New York, l’administration Trump dévoile sa nouvelle « stratégie mondiale de santé “L’Amérique d’abord” », remplaçant le soutien aux ONG par des contrats intergouvernementaux. Le Kenya est le premier pays à signer un accord avec le département d’État début décembre, rapidement suivi par le Rwanda, le Lesotho, l’Eswatini, l’Ouganda et le Cameroun. Ces accords promettent des millions de dollars d’aide américaine pour renforcer les systèmes de santé africains, mais soulèvent des inquiétudes quant à la souveraineté nationale.
L’Agoa expire, le MCC rouvre
L’Aagoa expire officiellement le 30 septembre, mettant ainsi un terme brutal à la pierre angulaire de l’engagement commercial américain avec l’Afrique depuis vingt-cinq ans. En revanche, la Millennium Challenge Corporation (MCC) sort de son purgatoire imposé par Musk avec une subvention régionale de 300 millions de dollars pour l’électrification de la Côte d’Ivoire.
Octobre
Trump s’en prend au Nigeria
Le Nigeria rejoint l’Afrique du Sud sur la liste noire américaine lorsque Donald Trump adopte une rhétorique chrétienne conservatrice concernant la persécution religieuse dans le pays le plus peuplé d’Afrique. Le 31 octobre, le président américain annonce qu’il réintègre le Nigeria sur la liste américaine des « pays particulièrement préoccupants » en matière de liberté de religion. Le lendemain, il menace d’envoyer les troupes américaines « armes à la main » pour protéger les chrétiens.
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Investissements dans l’océan Indien
Alors que les États-Unis envisagent d’accroître leurs investissements stratégiques et commerciaux dans l’océan Indien, le Corporate Council on Africa (CCA) annonce que l’île Maurice accueillera l’année prochaine le Sommet des affaires États-Unis-Afrique. C’est la première fois que ce sommet annuel se tient dans la région.
Novembre
Trump et Vance boudent le premier G20 africain
Le vice-président JD Vance annule son voyage en Afrique du Sud et au Kenya après le refus de Donald Trump d’envoyer une délégation américaine au tout premier sommet du G20 organisé sur le sol africain. Cette décision fait suite à l’annulation par Marco Rubio d’un voyage prévu en avril en Éthiopie et au Kenya, privant ainsi les États-Unis d’une visite de haut niveau sur le continent cette année.
MBS exhorte Trump à agir pour le Soudan
Trump annonce une nouvelle tentative de paix au Soudan à la suite d’une demande du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane lors d’une visite à la Maison-Blanche. Quelques semaines plus tard, le département du Trésor sanctionne les mercenaires colombiens combattant pour les RSF, mais pas leurs prétendus bailleurs de fonds émiratis.
Décembre
Accord de paix en RDC
Après de multiples faux départs, le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame se rencontrent finalement à Washington pour signer les accords de Washington pour la paix dans l’est de la RDC. Les présidents de l’Angola, du Kenya, du Burundi et du Togo ont tous assisté à une cérémonie à l’Institut américain de la paix. Les États-Unis signent également une série d’accords économiques bilatéraux et trilatéraux avec les deux pays. Quelques jours plus tard, le M23, soutenu par le Rwanda, s’empare d’Uvira, dissipant toute notion de paix imminente dans la région.
Le Congrès renouvelle l’autorisation du DFC
Le Congrès américain vote le renouvellement de la Société américaine de financement du développement international (DFC) dans le cadre de la loi annuelle d’autorisation de la défense, ou NDAA (National Defence Authorisation Act). L’investisseur américain Benjamin Black prend la direction générale et signe immédiatement un prêt de 553 millions de dollars pour la rénovation du corridor de Lobito. La loi NDAA de 900 milliards de dollars protège également l’Africomet le Bureau des affaires africaines du département d’État.
Nouvelles interdictions de voyager
La Maison-Blanche ajoute cinq pays africains supplémentaires à sa liste d’interdiction de visa le 16 décembre : le Burkina Faso, le Mali, le Niger, la Sierra Leone et le Soudan du Sud. Ils rejoignent le Tchad, la République du Congo, la Guinée équatoriale, l’Érythrée, la Libye, la Somalie et le Soudan. Douze autres ressortissants sont soumis à des restrictions partielles de visa, notamment le Nigeria et la Tanzanie.
Lueur d’espoir pour Agoa
Cette année tumultueuse pour l’Afrique s’achève sur une note d’espoir alors que la commission des voies et moyens de la Chambre des représentants vote de manière inattendue la prolongation de l’Agoa pour trois ans, jusqu’à la fin du mandat de Donald Trump. Le Congrès pourrait tenter d’adopter cette prolongation dans le cadre d’une loi visant à financer le gouvernement fédéral au-delà de janvier.
