La Coalition des forces pour la République (CFR) avec à sa tête l’Imam Mahmoud Dicko, ancien président du Haut Conseil islamique espère un retour à l’ordre constitutionnel au Mali. Lancée vendredi dernier, elle entend pousser les autorités militaires de Bamako à ouvrir un dialogue avec tous les acteurs concernés par la crise sécuritaire. Economiste et universitaire malien, Etienne Fakaba Sissoko, porte-parole de la coalition, a répondu aux questions de WalfQuotidien.
WalfQuotidien :Vous avez lancé ce vendredi 5 décembre 2025 la Coalition des forces pour la république (Cfr). Comment est née cette coalition et pourquoi maintenant ?
Etienne Fakaba SISSOKO : La Cfr est née d’une évidence : le Mali s’effondre et aucune force isolée ne peut le sauver. Nous faisons face à une crise sécuritaire, institutionnelle, sociale et diplomatique d’une ampleur historique. Face à cela, acteurs politiques, société civile, universitaires, jeunes, femmes, leaders communautaires et diaspora ont décidé – pour la première fois depuis 1991 – de dépasser leurs divergences et de se rassembler autour d’un même impératif : sortir le pays de l’impasse et ramener la République. La coalition est donc le produit d’une prise de conscience nationale, de la nécessité vitale de l’union et de la responsabilité.
« Les attaques augmentent, des régions entières échappent à l’État, et nos soldats tombent chaque semaine. Aucun pays n’a vaincu une insurrection territorialisée par les armes seules. Tous ont dû ouvrir un dialogue structuré. »
Quels sont les objectifs concrets de la Cfr ?
Nos objectifs sont clairs. Il s’agit de mettre fin à l’effondrement actuel du Mali. Cela passe d’abord par l’ouverture d’une transition civile et républicaine pour restaurer l’Etat, les institutions et les libertés fondamentales. Il faut ensuite lancer un véritable dialogue national avec tous les acteurs maliens : les groupes armés du Nord (FLA),lesgroupes djihadistes maliens dans un cadre strictement républicain,les communautés du centre et forces sociales et politiques. Il faut également organiser une transition inclusive afin de sécuriser, de refonder et de pouvoir organiser des élections crédibles. Cela est nécessaire pour préserver l’unité du Mali et pour repenser notre organisation territoriale pour éviter de nouveaux conflits. Enfin l’autre objectif, c’est de ramener la paix et protéger les populations parce que le sang des civils et des militaires doit cesser de couler.
Vous appelez au dialogue avec toutes les parties, y compris les groupes armés. Est-ce la seule solution selon vous ?
Ce n’est pas une opinion, c’est ce que démontrent dix ans de guerre. Nous avons tout essayé militairement, sans succès. Les attaques augmentent, des régions entières échappent à l’Etat, et nos soldats tombent chaque semaine. Aucun pays n’a vaincu une insurrection territorialisée par les armes seules. Tous ont dû ouvrir un dialogue structuré. Le dialogue que nous proposons est strictement malien, strictement républicain, avec une ligne rouge claire : l’unité nationale et l’abandon de la violence. Il ne s’agit pas de céder, il s’agit de sauver des vies et de reconstruire le Mali.
Comment comptez-vous y parvenir ?
Nous avons une méthode précise. Rétablir un cadre politique crédible. Il est impossible de dialoguer dans la peur, la répression et l’opacité. D’où la nécessité d’une transition civile. Il faudrait mobiliser les médiateurs légitimes. Certaines voix, notamment le Référent Républicain, l’Imam Dicko, peuvent ouvrir des portes que les politiques ne peuvent plus atteindre. Il est aussi nécessaire de construire un dialogue national inclusif, polycentrique et progressif avec les acteurs armés maliens, les communautés locales, les autorités religieuses modérées, les acteurs politiques et sociaux. Un vrai dialogue, libre et crédible, capable de déboucher sur des engagements concrets.
Mais il y a déjà eu des dialogues «inter-maliens». Pourquoi en refaire un ?
Ces dialogues n’étaient ni libres, ni inclusifs, ni sincères. Ils ont été menés sous contrainte, sans représentation réelle, sans les acteurs armés majeurs, sans garantie d’application. Un vrai dialogue ne peut se tenir que quand on ne peut pas parler librement, quand les opposants sont arrêtés, quand les conclusions sont ignorées. La Cfr propose le premier dialogue réellement national, fondé sur la liberté, la sécurité et l’inclusivité.
L’Imam Dicko, en exil, pourrait-il jouer un rôle déterminant ?
Oui, précisément parce qu’il n’est pas un acteur partisan. L’Imam Dicko incarne pour les Maliens une autorité morale respectée, une voix écoutée dans toutes les communautés, une figure capable de favoriser la coexistence pacifique, un médiateur crédible auprès de certains acteurs armés. Son rôle n’est pas de faire de la politique, c’est d’apaiser, de rassembler, d’ouvrir des chemins que d’autres ne peuvent plus emprunter. Il est aujourd’hui un garant essentiel de la crédibilité et de l’équilibre de la démarche.
«Au plan diplomatique, le Mali vit un isolement inédit, une perte d’alliances stratégiques. Le pays est à un point de bascule. Mais, il peut encore se relever.»
Votre coalition est nouvelle, mais d’autres mouvements ont été dissous. Qu’est-ce qui vous distingue de ces forces antérieures ?
Plusieurs éléments essentiels distinguent la Cfr des mouvements précédents. L’ampleur inédite du rassemblement :Jamais depuis 1991 autant d’acteurs divers n’avaient convergé autour d’un projet commun. La coalition a été pensée pour résister aux pressions, aux intimidations et aux tentatives de fragmentation. La Cfr n’est pas un mouvement d’humeur, c’est la traduction politique d’une demande nationale profonde.
Quelle analyse faites-vous de la situation actuelle du Mali
Le Mali vit une crise multidimensionnelle sécuritaire marquée par des attaques incessantes, des territoires perdus, une armée abandonnée. Les libertés sont confisquées, la justice instrumentalisée, il y a l’absence totale de perspectives. Au plan diplomatique, le Mali vit un isolement inédit, une perte d’alliances stratégiques. Le pays est à un point de bascule. Mais, il peut encore se relever.
Propos recueillis par Baba MBALLO
