Femmes handicapées face aux violences :un plaidoyer pour briser le silence au Sénégal
Les violences basées sur le genre (VBG) demeurent un défi majeur au Sénégal, touchant de manière disproportionnée les femmes et les filles handicapées. Souvent invisibilisées et confrontées à des discriminations multiples, elles subissent des violences spécifiques aux conséquences lourdes, notamment sur leur santé de la reproduction.
C’est pour briser ce silence et porter leurs revendications que le Comité des Femmes de la Fédération Sénégalaise des Associations des Personnes Handicapées (CF/FSAPH), avec l’appui de Humanité & Inclusion et d’ActionAid Sénégal, en partenariat avec HOM-DEDFF et avec l’accompagnement d’OSIWA, a organisé un atelier de sensibilisation sur les violences basées sur le genre et la santé de la reproduction des femmes et filles handicapées. L’activité s’inscrit dans le cadre de la Semaine nationale du handicap (03 au 10 décembre) et des 16 Jours d’Activisme contre les violences faites aux femmes.
Selon Yacine Koné, présidente du Comité des Femmes de la FSAPH du département de Dakar, les femmes et filles handicapées font face à une pluralité de violences. « Nous subissons des violences liées à la santé de la reproduction, mais aussi des violences économiques, psychologiques et sociales. L’accès à l’école, aux soins de santé et aux structures sanitaires reste extrêmement difficile pour beaucoup d’entre nous », déplore-t-elle.
La responsable pointe également les nombreux obstacles rencontrés dans les structures de santé, en particulier lors de l’accouchement. « Les tables d’accouchement sont souvent inaccessibles, le personnel n’est pas suffisamment formé à la prise en charge des personnes handicapées et il n’existe pas de dispositifs adaptés pour les femmes ayant une déficience auditive ou motrice », explique-t-elle. Si la césarienne est gratuite au Sénégal, les frais d’hospitalisation au-delà de sept jours deviennent, selon elle, « insupportables pour les femmes handicapées qui nécessitent généralement un suivi médical plus long ». Elle appelle ainsi l’État à revoir les mécanismes de prise en charge.
Le plaidoyer du CF/FSAPH porte également sur la Carte d’Égalité des Chances, jugée insuffisamment produite au regard du nombre de personnes handicapées. « Sur plus d’un million de personnes handicapées recensées, seules quelques centaines de milliers disposent de cette carte. La production est trop lente et ne répond pas aux besoins urgents », insiste Yacine Koné.
Partenaire de l’initiative, l’organisation HOM-DEDFF (Hommes pour la Défense des Droits des Femmes et des Filles), créée en 2015 avec l’appui d’ONU Femmes, œuvre pour l’égalité des droits entre les hommes et les femmes et lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes et aux filles. Son secrétaire général, Daouda Diop, estime que l’État doit assumer pleinement ses responsabilités. « Des efforts ont été faits, mais il reste encore beaucoup à faire pour garantir les droits des personnes handicapées », affirme-t-il.
Il illustre ses propos par un cas concret : « Une femme handicapée n’a pas pu monter sur la table d’examen au centre de santé de Grand Dakar. C’est une situation grave », regrette-t-il, appelant à des mesures concrètes, notamment un recensement des spécificités des personnes handicapées afin d’élaborer un plan d’action adapté. « L’État doit fournir les moyens financiers nécessaires et garantir l’accès aux soins de santé pour toutes les personnes handicapées », conclut-il.
