Sur les places boursières, le prix du baril s’envole depuis la fermeture du détroit d’Ormuz. Cela alimente les craintes d’approvisionnement et relance les interrogations sur d’éventuelles sources alternatives, notamment en Afrique, deuxième région productrice du monde derrière le Moyen‑Orient.
L’Afrique ne peut pas jouer de rôle majeur dans l’immédiat
Selon l’économiste Robert Kappel, les pays africains ne peuvent pas prendre le relais. La raison, dit-il, « les compagnies pétrolières internationales actives en Afrique ont réduit leurs investissements ces dernières années. Elles ont parfois vendu leurs parts à des gouvernements ou entreprises nationales et ont en même temps ralenti l’exploration de nouveaux gisements. Tout cela devrait d’abord être relancé sur le long terme pour que le continent puisse, un jour, jouer un rôle sur les marchés pétroliers internationaux. «
Le Nigeria, premier producteur de pétrole d’Afrique, a certes augmenté sa production. Mais pour produire davantage, il faudrait de nouveaux investissements.
Ayodele Oni, analyste nigérian explique que « le Nigeria a indéniablement du potentiel, mais ne dispose actuellement ni des capacités techniques ni des capacités opérationnelles nécessaires pour répondre aux perturbations mondiales de l’approvisionnement. »
Il rappelle que « très récemment, l’Agence internationale de l’énergie a indiqué que la capacité durable de production de brut du Nigeria s’élève à environ 1,42 million de barils par jour, sans aucune capacité excédentaire. En pratique, cela signifie que les niveaux actuels représentent déjà le maximum que le pays peut maintenir à court terme. «
Une industrie pétrolière nigériane affaiblie
On évoque également des infrastructures insuffisantes, des pipelines vétustes, un manque de financement et des problèmes de sécurité dans le delta du Niger, cœur de l’industrie pétrolière. Les grands projets en amont, notamment en offshore profond, nécessiteront des années avant d’entrer en production, empêchant toute augmentation rapide.
Le Nigeria n’a pas introduit de mesures spécifiques face à la crise actuelle, mais plusieurs initiatives de long terme ont été relancées. Parmi elles, le projet » One Million Barrels « , soutenu par le gouvernement, qui vise à réactiver des puits fermés, accélérer les interventions techniques et réduire les lenteurs administratives.
Malgré quelques progrès, le recul du vol de pétrole et une meilleure surveillance, la production reste loin des objectifs fixés par le président Bola Tinubu à son arrivée au pouvoir.
Autre problème, surtout pour le marché intérieur : l’état catastrophique des raffineries publiques. Le Nigeria dépendait largement des importations de carburants raffinés et exportait parfois du brut uniquement pour racheter de l’essence et du diesel.
Depuis 2024, la situation évolue : la méga‑raffinerie privée Dangote traite 650 000 barils par jour et fournit environ 60 millions de litres de carburant quotidiennement au marché intérieur. Mais cela sécurise le Nigeria et l’Afrique de l’Ouest, pas le marché mondial.
Même si le Nigeria ou encore l’Angola, deuxième producteur d’Afrique subsaharienne, pouvaient augmenter leur production, ils ne pourraient pas compenser les pertes du Moyen‑Orient, expliquent les experts.
L’Afrique produit environ 10 % du pétrole mondial, bien trop peu pour remplacer les quelque 20 millions de barils qui transitent chaque jour par le détroit d’Ormuz.
Auteur: Martina Schwikowski, Nafissa Amadou
