Empêché d’être candidat à la dernière élection présidentielle ivoirienne, l’ancien chef de l’État vient d’annoncer la saisine de la Cour pénale internationale pour « remettre sur la table le problème de la guerre en Côte d’Ivoire ».
Comment un ancien président peut-il exister, à plus de 80 ans, quatorze ans après avoir été brutalement arraché à son trône et quelques semaines après avoir assisté, impuissant, à une présidentielle à laquelle il n’a pas pu se présenter ? En Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo agite un nouveau discours qui flirte avec l’anti-impérialisme et enclenche un levier dont il a longtemps affirmé être la victime : la justice internationale. Près de 7 ans après sa sortie des geôles de La Haye, le fondateur du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) appelle la Cour pénale internationale (CPI) à « remettre sur la table le problème de la guerre en Côte d’Ivoire »…
C’est dans une lettre rendue publique le 8 décembre dernier que l’ancien chef de l’État ivoirien annonce avoir demandé à l’un de ses avocats « de ressaisir la CPI » au sujet de la période pour laquelle il avait été lui-même inquiété, celle qui va de l’occupation du centre et du nord du pays, par la rébellion connue sous la dénomination de « Forces nouvelles », notamment venue du Burkina Faso en septembre 2002, ainsi que la crise postélectorale de 2010-2011.
« Injustice » persistante
S’il est vrai qu’en Côte d’Ivoire, l’histoire récente a été « écrite par les vainqueurs », la démarche de Laurent Gbagbo semble obéir à un timing tout à la fois étrange et cousu de fil blanc. Comme pour dire que le temps ne vaut pas prescription, l’ancien président fait assaut de philosophie, en écrivant que « tant qu’un fait n’est pas jugé totalement, il devient une injustice »…
Acquittement, condamnation, grâce et amnistie
Si la démarche judiciaire entreprise omet volontairement de cibler nommément l’actuel chef de l’État –Alassane Ouattara tout juste réélu – elle évite aussi de tout ramener à son prédécesseur, le « Christ de Mama », pour que celui-ci ne paraisse pas revanchard. Me Altit évoque tout survivant de la crise postélectorale qui souhaite, grâce à la mise en lumière des responsabilités, « passer outre ces moments terribles et douloureux et avancer ensemble. » Il cite, par exemple, les Wê, ressortissants d’une communauté de l’ouest ayant payé un lourd tribut lors de la prise de Duékoué par les rebelles.
Si Laurent Gbagbo a été acquitté par la CPI après plus de sept ans de prison préventive, il a été condamné à vingt ans de prison par la cour d’assises d’Abidjan pour « vol en réunion par effraction portant sur des caves à la BCEAO et des numéraires, complicité de vol en réunion par effraction, destruction d’une installation appartenant à autrui, détournement de deniers publics » en vue d’obtenir des liquidités en pleine crise postélectorale. Sur ce second point, il a été gracié sans être amnistié.
