Fin janvier, le Ghana a franchi une étape décisive dans la valorisation locale de ses ressources naturelles. Premier producteur d’or en Afrique, le pays a finalisé un accord d’envergure destiné à transformer sur place une partie de sa production artisanale, longtemps exportée sous forme brute.
Cette initiative s’inscrit dans une vaste réforme du secteur aurifère visant à renforcer la valeur ajoutée locale, lutter contre la contrebande et améliorer les revenus du pays.
Goldbod signe un accord industriel historique
Le 20 janvier, l’agence publique en charge de l’or artisanal et de petite échelle, le Goldbod, a conclu un accord d’approvisionnement majeur avec la raffinerie Gold Coast. Au 1ᵉʳ février, cette raffinerie ghanéenne devait commencer à affiner une tonne d’or par semaine, soit 52 tonnes par an.
Cette quantité représente plus de la moitié de la production artisanale attendue en 2025, un volume inédit pour le Ghana.
Le vice-président du Goldbod, Richard Nunepkeku, souligne l’importance du projet : « Notre objectif est d’assurer une véritable valeur ajoutée localement. Cela passe par la capacité à raffiner l’or ici, au Ghana. »
Jusqu’ici, l’or ghanéen était raffiné à l’étranger
Traditionnellement, la majorité de l’or artisanal était exportée sous forme de doré – un mélange d’or et d’autres minerais – vers l’Afrique du Sud ou la Suisse. Le pays perdait alors des revenus importants liés aux coûts d’affinage et à la faible valorisation du minerai non raffiné.
La montée en puissance du raffinage local vise à :
créer des emplois qualifiés, réduire les taxes payées à des raffineries étrangères, certifier sur place la pureté du métal, mieux contrôler les flux d’or pour limiter la contrebande.
Vers une certification aux standards internationaux LBMA
Cet accord ouvre une porte stratégique. « Cette collaboration permet désormais de viser l’obtention de la certification LBMA, indispensable pour accéder aux marchés traditionnels de Londres, de la Belgique ou de la Suisse », estime l’expert ghanéen Steve Manteaw
La London Bullion Market Association (LBMA)fixe les standards mondiaux de pureté et de traçabilité de l’or. Une certification offrirait au Ghana un accès à des marchés plus rémunérateurs et renforcerait la crédibilité internationale de son secteur aurifère.
Dans cette optique, la raffinerie Gold Coast a noué un partenariat avec la raffinerie sud-africaine Rand, déjà certifiée LBMA. Le processus pourrait prendre trois à cinq ans. Une fois abouti, le Ghana deviendrait le deuxième pays africain capable de produire de l’or conforme aux standards internationaux.
Un moyen de lutter contre la contrebande
Au-delà des bénéfices économiques, renforcer le raffinage national permettrait aussi de créer une barrière supplémentaire contre la contrebande, un fléau qui prive l’État de revenus significatifs. Selon l’ONG Swissaid, entre 24 et 34 tonnes d’or quitteraient illégalement le pays chaque année sans être déclarées.
Le développement du raffinage local pourrait ainsi devenir un outil majeur pour assainir la filière et améliorer la traçabilité du métal précieux.
