Pour les opposants guinéens, le verdict est sans appel : ils dénoncent un « musèlement définitif », une « mise à mort de la démocratie » et la mise en place progressive d’un parti unique.
La dissolution survient alors que des élections législatives, communales et sénatoriales sont programmées le 24 mai prochain. Une coïncidence lourde de sens, estime Abdoulaye Sadio Barry, président du Bloc pour l’alternance en Guinée.
« Lorsqu’on devait aller à la présidentielle, ils ont aussi pris des mesures pour suspendre les anciens grands partis. Tout ce qui peut faire barrage à Mamadi Doumbouya et au CNRD dans leur ambition de confisquer le pouvoir, ils l’utilisent : suspension, blocage administratif… pour empêcher les partis sérieux de participer. »
À l’UFDG, on appelle désormais à une « résistance frontale ». Pour Cellou Dalein Diallo, cette lutte est un « devoir moral » et une « nécessité historique ».
Au RPG, le parti de l’ancien président Alpha Condé, renversé par un putsch en septembre 2021, le ton est différent. Marc Yombouno, membre du bureau politique, insiste sur la résilience du mouvement.
« Nous sommes un parti historique. Ce n’est pas seulement l’aspect physique qui compte, mais l’état d’esprit. Même si le parti disparaît physiquement, l’état d’esprit reste. C’est ce qui compte. »
La Guinée glisse-t-elle vers un parti unique ?
Comme lors de la présidentielle de décembre 2025, le pouvoir pourrait n’avoir en face de lui que des personnalités politiques de moindre poids. Mamadou Oury Diallo, président du Mouvement des patriotes libéraux, nuance toutefois la situation. Selon lui, les textes n’interdisent pas le multipartisme.
« Ce n’est pas forcément le signe d’un parti-État, tant que d’autres formations existent et disposent de leurs documents légaux. La nouvelle Constitution et le code électoral garantissent la liberté politique, certes avec des conditions plus strictes. S’il n’était plus possible de créer des partis, les textes l’auraient clairement indiqué. »
Dans un contexte où le pouvoir exécutif contrôle l’ensemble des institutions issues d’une transition militaire marquée par des disparitions et des enlèvements d’acteurs de la société civile, l’espace politique semble vidé de ses adversaires.
Le Front national pour la Défense de la Constitution, lui, prépare sa riposte. Sékou Koundouno, responsable Stratégie du FNDC, reste prudent mais déterminé.
« Je ne peux pas détailler nos stratégies, mais je vous rassure : nous sommes aujourd’hui plus engagés qu’hier. Nous continuerons à nous battre pour que notre pays retrouve le concert des nations démocratiques. On ne peut pas accepter un recul systématique visant à broyer toutes les voix dissidentes. »
La tenue, en mai 2026, d’élections sans partis d’opposition d’envergure ressemble pour beaucoup à une mise en scène. Une situation qui rappelle les 26 années de pouvoir d’Ahmed Sékou Touré, marquées par le parti unique, la répression, les arrestations arbitraires et les exils forcés.
Auteur: Bob Barry
