Derrière les ambitions touristiques affichées par le Bénin et les promesses de croissance économique, une ombre plane sur le septentrion du pays. À Tanguiéta, porte d’entrée du parc national de la Pendjari, le dynamisme d’autrefois a disparu, laissant place à une ville désertée par les visiteurs.
Germain Nambima, habitant de la région, décrit une situation alarmante : » Aujourd’hui, le tourisme a beaucoup baissé. Il y avait beaucoup de personnes qui venaient visiter la cascade de Tanougou, le parc de la Pendjari, l’empire des autruches à Dassari, ainsi de suite, mais aujourd’hui, nous sommes presque à zéro, on ne voit rien. Les hôtels étaient toujours bondés, la vie économique était très dynamique. Aujourd’hui, tout cela est tombé, principalement à cause de la situation sécuritaire. «
Ce constat est un coup dur pour l’économie locale, mais aussi pour l’offre nationale.
Une offre touristique amputée : l’agence Bénin Tourisme sous pression
Le Nord, avec ses safaris et ses lodges de luxe, devait être le joyau de la couronne touristique béninoise. Aujourd’hui, l’agence Bénin Tourisme se voit contrainte de composer sans son pilier animalier, classé en zone rouge par les chancelleries internationales.
» C’est bien dommage parce que l’offre du tourisme animalier que nous avons dans ces parcs-là, si elle était possible, je pense que le positionnement du Bénin serait hyper compétitif « , regrette Sindé Chékété, directeur général de l’agence.
« Mais je puis vous assurer que tout est mis en œuvre pour que, très bientôt, la zone puisse être visitable à nouveau avec le risque zéro », ajoute le directeur général de l’agence Bénin Tourisme.
En attendant la sécurisation totale du Nord, le gouvernement concentre ses efforts sur les autres régions, misant sur le tourisme mémoriel et culturel. Pour les autorités, il s’agit de cloisonner l’image de la destination : le Bénin utile reste sûr et attractif.
Sindé Chékété estime d’ailleurs que les professionnels du voyage savent faire la part des choses.
» Je ne pense pas que la situation au Sahel impacte quoi que ce soit auprès des professionnels du tourisme. Pour les tours-opérateurs et les agences de voyages qui vendent les destinations et les circuits à leurs clients, la situation au Sahel n’a pas d’impact, en tout cas sur la zone au Bénin qui est touristique. «
Pourtant, l’absence de la Pendjari et du parc W dans l’offre actuelle reste un manque à gagner immense. Malgré l’excellence du tourisme culturel au Sud, le » monde de splendeurs » promis par le plan Alafia 2060 ne sera complet que lorsque les safaris du nord pourront à nouveau accueillir des visiteurs en toute sérénité.
« Notre offre actuelle est excellente, mais elle serait encore mieux si nous avions le parc et le tourisme animalier à proposer « , conclu le directeur général de l’agence Bénin Tourisme.
Le défi pour le Bénin est désormais double : gagner la bataille de la sécurité sur le terrain et renforcer la communication à l’international. Le décollage économique du secteur en dépend.
