L’Iran souffre depuis des années d’une hyperinflation chronique. En décembre, les prix ont ainsi augmenté en moyenne de 52% sur un an, selon le Centre de statistiques d’Iran, un organisme officiel. Mais ce chiffre est loin de refléter avec fidélité les hausses observées spécifiquement sur les produits de première nécessité. Les commerçants protestent contre cette inflation galopante et la chute de la valeur de monnaie iranienne qui s’est accélérée ces dernières semaines.
Une économie fragilisée
La monnaie nationale, le rial, a encore atteint dimanche (28.12) un taux bas historique face au dollar, selon le taux informel au marché noir. Ce dernier est désormais de plus de 1,4 million de rials pour un dollar (contre 820 000 il y a un an) et 1,7 million pour un euro (contre 855 000).
L’économie iranienne, déjà fragilisée par des décennies de sanctions occidentales, pâtit également du rétablissement fin septembre par l’ONU des sanctions internationales levées il y a dix ans, liées au programme nucléaire de l’Iran.
Cette situation paralyse les ventes de certains biens importés, vendeurs comme acheteurs préférant reporter toute transaction en attendant d’y voir plus clair.
« Aucun responsable (politique) ne nous a soutenus ou a cherché à savoir comment le cours du dollar affectait nos vies », déplore un manifestant.
« Il a fallu manifester notre mécontentement », a ajouté ce vendeur, qui témoigne anonymement.
Des » revendications légitimes «
Le président iranien Massoud Pezeshkian a appelé ce mardi (30.12) à écouter « les revendications légitimes » des manifestants.
« J’ai demandé au ministre de l’Intérieur d’écouter les revendications légitimes des manifestants en dialoguant avec leurs représentants afin que le gouvernement puisse agir de toutes ses forces pour résoudre les problèmes et agir de manière responsable », a déclaré le dirigeant sur le réseau social X.
Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a lui exhorté députés et responsables politiques à prendre les « mesures nécessaires afin d’accroître le pouvoir d’achat de la population », selon des images diffusées à la télévision.
L’inflation ronge la croissance
Ces manifestations interviennent alors que le Fonds monétaire international (FMI), estime que les prix à la consommation qui ont augmenté de 42,4 % en 2025 ne descendront pas en dessous de la barre des 40 % en 2026.
Les dernières prévisions économiques de la Banque mondiale pour l’Iran, datant d’octobre 2025, tablent sur une croissance négative du produit intérieur brut de -1,7 % pour 2025 et de -2,8 % pour 2026. Il s’agit d’un revirement significatif par rapport aux prévisions antérieures, qui tablaient sur une croissance modérée. Selon la Banque mondiale, ce ralentissement serait dû à la baisse des exportations de pétrole et au durcissement des sanctions imposées par les États-Unis et l’ONU.
Démission du président de la Banque centrale
Les journées de manifestation ont conduit le président de la Banque centrale a remettre sa démission. Le gouvernement a annoncé que Abdolnasser Hemmati sera nommé gouverneur de la Banque centrale. Son entrée en fonction est prévue mercredi (31.12). Abdolnasser Hemmeti revient ainsi sur le devant de la scène après avoir été révoqué en mars par le Parlement de son poste de ministre de l’Economie et des Finances, déjà à cause de la forte dépréciation du rial.
Auteur: Avec agences
