Pour le directeur général du groupe d’investissement kényan Centum, la souveraineté financière ne se résume pas seulement à une question de flux. C’est un enjeu de gouvernance et de capacité du continent à se constituer une épargne solide à même d’être réinjectée sur les marchés locaux. Entretien en vidéo.
La souveraineté financière africaine reste, pour l’essentiel, un chantier inachevé, estime James Mworia. Dans l’entretien en vidéo qu’il a accordé à Jeune Afrique en marge de l’Africa Financial Summit 2025*, le directeur général de Centum en propose une définition aussi claire que précise : « La souveraineté financière africaine est la capacité du capital africain à appartenir à des Africains et à être contrôlé par des Africains, dans ce qu’il fait comme dans ce qu’il ne fait pas ». Pour l’heure, force est de constater qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, tant une part importante des capitaux investis sur le continent reste détenue et monétisés hors d’Afrique.
Selon James Mworia, les décisions essentielles relatives à l’allocation de ces fonds, qu’il s’agisse d’investissements privés ou de financements internationaux, continuent largement d’échapper aux acteurs africains. Une dépendance qui freine, quand elle ne l’empêche pas, toute élaboration d’une stratégie de développement endogène. « Une grande partie de ce capital est déployée pour extraire des ressources africaines afin de les transformer ailleurs, et ce n’est évidemment pas nécessairement dans notre intérêt », observe-t-il.
Dans ce contexte, il assure que Centum incarne un modèle alternatif. Cotée à la Bourse de Nairobi et détenue à près de 99 % par des Kényans, la société prend l’ensemble de ses décisions d’investissement localement. « Des entreprises comme la nôtre ont un rôle essentiel à jouer dans la création de nouvelles entreprises capables d’ajouter de la valeur en Afrique, à partir de nos ressources humaines et naturelles », explique-t-il. Pour James Mworia, l’enjeu est double : favoriser l’industrialisation locale et permettre l’émergence d’un écosystème d’investisseurs africains. Cela suppose, selon lui, de rendre l’investissement plus accessible afin d’attirer aussi bien les épargnants locaux que les investisseurs institutionnels.
Épargner pour investir
Pour combler le déficit d’investisseurs africains, James Mworia identifie plusieurs leviers prioritaires. D’abord, la formation financière : « Les investisseurs doivent comprendre les opportunités qui existent sur le continent », insiste-t-il notamment. Ensuite, il convient de développer des marchés de capitaux nationaux plus forts, afin de permettre aux entreprises locales de se financer sur place.
Pour ce faire, la constitution d’une épargne africaine solide est un préalable indispensable. « On ne peut pas investir si l’on n’épargne pas », rappelle le PDG de Centum qui plaide également pour cibler plus précisément les secteurs les plus porteurs sur le continent, en donnant la priorité à ceux qui favorisent la création d’emplois et la création de valeur ajoutée localement. Avec un leitmotiv : « Transformer sur le continent permet de créer plus de valeur, plus d’emplois et plus de capitaux en Afrique. Cela promeut la souveraineté. »
* L’Africa Financial Summit, qui s’est tenu les 3 et 4 novembre à Casablanca, est organisé par Jeune Afrique Media Group, en partenariat avec la Société financière internationale (IFC, groupe de la Banque mondiale).
