Les autorités maliennes avaient suspendu la diffusion du magazine Jeune Afrique le 17 janvier dernier. Plusieurs de nos lecteurs nous ont signalé que l’accès à notre site y est désormais également bloqué. Voici comment contourner cet obstacle.
La junte dirigée par Assimi Goïta a prononcé l’interdiction de la diffusion du magazine Jeune Afrique le vendredi 17 janvier dernier, nous accusant d’« apologie du terrorisme », de « diffamation » et d’« incitation à la haine ». Les autorités maliennes reprochent notamment à JA sa couverture de la crise du carburant, provoquée par le blocus imposé depuis septembre dernier par les jihadistes, ainsi que des « allégations d’exactions contre une partie de la population » que JA aurait portées à l’encontre des gouvernements des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), laquelle réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Ces accusations, contre lesquelles les rédactions de Jeune Afrique s’inscrivent en faux, relèvent de la criminalisation systématique de toute information, analyse ou enquête qui ne s’aligne pas strictement sur le discours officiel. Des accusations qui relèvent de l’instrumentalisation de la menace sécuritaire à des fins politiques, dans une logique victimaire caractéristique des régimes autoritaires, comme nous l’écrivions le 19 janvier dernier.
Depuis la fin de semaine dernière, plusieurs de nos lecteurs maliens nous ont alertés sur le fait que le site de Jeune Afrique était, lui aussi, victime d’un blocage. Les autorités maliennes n’ont en revanche pas officiellement communiqué sur cette suspension de l’accès à notre site.
Une solution accessible : le recours à un VPN
Pour contourner ce blocage – que certains ont également pu observer au Burkina Faso, en fonction des opérateurs qu’ils utilisent ‒, plusieurs solutions existent. La plus simple et la plus accessible à toutes et tous est le recours à un VPN, un « réseau privé virtuel » qui permet de « faire croire que l’on est à Dakar alors que l’on se connecte depuis Bamako », résume Clément Domingo, alias SaxX, qui se présente comme un « hacker éthique » ‒ ou « white hat ». Si les plus agiles numériquement sont capables de créer leur propre VPN, l’exercice nécessite tout de même une bonne dose de compétences techniques. Mieux vaut, dans ce cas, avoir recours à ceux qui existent déjà.
« Le recours à certains VPN, s’il est bien choisi, permet également de protéger ses utilisateurs du traçage de leurs habitudes de navigation, d’éviter d’être pisté », explique Clément Domingo, qui cite notamment Proton VPN et Mullvad VPN comme étant deux des outils les plus soucieux de préserver la confidentialité des données de leurs usagers. « Certains VPN parmi les plus connus, se présentant souvent comme des solutions gratuites ou peu chères, aspirent malheureusement les données de leurs utilisateurs pour les revendre ensuite, à des fins publicitaires », prévient le hacker éthique. Un « risque » qui est cependant relatif : Google ne fait pas autre chose lorsque vous naviguez sur son navigateur.
Ce type de censure dont JA est aujourd’hui victime est, fort malheureusement, beaucoup plus courant qu’avant, sur le continent comme ailleurs ‒ qu’il s’agisse de suspendre internet en amont d’élections contestées, de couper les accès aux réseaux sociaux pour limiter les mouvements de protestation, ou de cibler tel ou tel média. Outre l’atteinte à la liberté de la presse et à la liberté d’expression, ces coupures arbitraires ont aussi un coût économique : selon le dernier rapport en date du « Global Cost of Internet Shutdowns », elles ont coûté plus de 1,5 milliard de dollars en Afrique en 2024.
