Cessez-le-feu dans l’est de la République démocratique du Congo, retrait des troupes de Kigali, sanctions américaines contre des officiers rwandais : ce sont là les sujets que nous avons abordés avec le deuxième vice-président du Sénat congolais, Bahati Lukwebo, lors d’un entretien qu’il a bien voulu nous accorder.
Dans cet échange, il revient notamment sur les récentes sanctions prises par Washington contre des responsables des Forces de défense rwandaises. S’il salue une avancée significative, le sénateur estime toutefois que les États-Unis peuvent aller plus loin pour faire pression sur Kigali.
DW : À propos du cessez le feu, vous dites « nous devons tous avoir la même compréhension et surtout faire attention lorsque certains pensent que la guerre est terminée ». Pourquoi ?
Bahati Lukwebo : Effectivement, c’est une mauvaise lecture. Pour nous,la guerre est toujours là tant que l’armée rwandaise et tous ceux qui la soutiennent sont encore présents sur notre territoire national. La guerre est là tant que nous n’avons pas récupéré tous les espaces occupés, tant que nous n’avons pas rétabli l’administration sur l’ensemble du territoire. C’est pourquoi je dis : il ne faut pas se tromper. Cesser le feu, cela signifie baisser les armes, ne pas se battre, mais chacun garde sa position. Or, aujourd’hui, si chacun garde sa position, cela signifie que le M23 restera àBukavu, restera à Goma et cela ne nous arrange pas du tout.
DW : Vous avez parlé de l’armée rwandaise. Il y a deux jours, l’administration américaine a annoncé une série de sanctions contre l’armée rwandaise et plusieurs de ses officiers. Pour vous, ce n’est pas suffisant ? On peut aller plus loin ?
Bahati Lukwebo :C’est quelque chose qu’il faut d’abord saluer. Nous devons remercier les États‑Unis d’Amérique d’avoir pris cette batterie de sanctions.Mais je crois qu’ils procèdent graduellement. Ils vont observer la réaction des Rwandais et peut‑être que d’autres sanctions plus lourdes suivront. En tout cas, c’est un message clair. Si, de l’autre côté, les gens analysent bien les choses, ils doivent comprendre qu’il n’y a pas d’issue dans la guerre. La guerre ne profite à personne, même lorsqu’on affiche une certaine supériorité sur le terrain. La guerre, c’est la mort, la destruction, les libertés brimées. La seule voie, c’est l’entente, la réconciliation, la construction d’une paix durable, dans le respect strict de l’intégrité et de la souveraineté de chaque pays.
DW : Votre communiqué dit que votre combat actuel consiste à faire pression pour la stricte application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui exige le retrait des troupes rwandaises du territoire national. Or, au lendemain des sanctions, l’armée rwandaise a déclaré qu’elle allait retirer ses troupes. En lisant votre communiqué, on a l’impression que vous ne les croyez pas.
Bahati Lukwebo : S’ils l’ont annoncé, c’est une bonne chose. Allons vers la paix. Allons vers l’entente dans la sous‑région.
Mais, à mon sens, je suis un peu dubitatif… tout en gardant la foi. J’ai la foi que, finalement, tout le monde comprendra la voie de la raison : c’est‑à‑dire déposer les armes, chacun reste chez soi, et nous collaborons comme le font des États voisins.
DW : Que répondez‑vous à ceux qui affirment que le conflit avec le M23 est un conflit interne, qui ne concernerait que les Congolais entre eux, et que la solution viendrait de l’intérieur de la RDC ? Certains prônent même un dialogue inclusif.
Bahati Lukwebo : Je pense que ceux qui disent cela ne lisent pas, n’écoutent pas ou n’entendent pas. Il y a eu plusieurs missions, plusieurs rapports des Nations unies, ainsi que d’observateurs indépendants sérieux, qui démontrent clairement que les troupes rwandaises sont sur le territoire congolais. Ce n’est un secret pour personne. Les preuves de l’appui rwandais au M23 sont légion. Pour moi, ces personnes n’ont pas la bonne information. Ce n’est pas seulement une affaire de quelques Congolais ; c’est d’abord une affaire d’agression du pays. Dès que les troupes rwandaises se retirent, alors oui, les Congolais peuvent se mettre autour d’une table.
DW : Le 16 février, la Constitution congolaise a eu 20 ans. Un grand débat est en cours : faut‑il la réviser ou non ? Certains disent qu’une révision ouvrirait la porte à un glissement. Vous êtes le deuxième vice‑président du Sénat : quelle est votre position ?
Bahati Lukwebo : Moi, j’estime qu’on ne peut pas empêcher les gens de réfléchir. On ne dit pas que la Constitution est parfaite. Il peut y avoir des dysfonctionnements, des choses à corriger. Ce que je ne comprends pas, c’est que certains, quand ils parlent de changer la Constitution, semblent dire qu’on veut créer un nouvel ordre politique. Qu’ils clarifient leur pensée : c’est à eux de préciser ce qu’ils veulent dire.
Auteur: Wendy Bashi
