« Journée chômée, payée ». Ainsi en a décidé le Sénégal. Rien que ça ? Et pourquoi pas ? L’orgueil national, le drapeau national flottant dans le vent de la fête du football-roi, l’hymne national qui retentit aux quatre coins du monde, cela n’a pas de prix, et cela vaut bien une journée cadeau, pour une Coupe d’Afrique, remportée, dimanche dernier au Maroc par l’équipe nationale du Sénégal.Victoire méritée certes d’un des favoris de ce raout du football africain, qui réunit, tous les deux ans (pas si sûr, sauf si Infantino, président de la Fifa le confirme à Motsepe, son homologue de la Caf) les meilleures équipes du continent, mais dimanche dernier, à quelques minutes de la fin du match, n’eut été le sens élevé de la discipline d’un joueur de classe, de renom et de raison, Sadio Mané, l’enfant de Bambali, la fête de cette discipline reine aurait eu un goût de tajine froid, ou de couscous amer.
Merci, champion !Tu as su faire comprendre à ceux qui ne le savent pas, notamment ton entraîneur, ce qu’est le football : il se joue sur le terrain, l’aire de jeu, et non dans les vestiaires, contrairement à l’attitude irresponsable de celui dont le métier d’entraîneur commandait qu’il inculquât cette donne primitive à lui-même, d’abord.Je revois Sadio Mané, dans ce stade du Maroc, face à la déraison collective, seul sur le terrain, invitant ses coéquipiers à rejoindre la pelouse, pendant que l’entraîneur, celui qui devait montrer le chemin, le bon, celui de l’esprit sportif qui commande le respect du verdict du maître du jeu, les entraînait à sortir de l’aire du jeu pour aller dans les vestiaires. En signe de contestation d’un arbitre, maître du jeu, je le répète, lui-même surveillé par la Var.
Quel intérêt avait-il, cet arbitre, à tricher avec les principes du football, en ce grand jour, surveillé, épié même dans ses moindres gestes, dans toutes ses décisions ? Mais, je comprends, et j’ai fini par comprendre. Car, qu’est-ce qui peut bien surprendre sur ce continent, où l’on ne voit, de partout, que triche, fraude dans tout ? Suspicion, hélas légitimée par nos pratiques abjectes qui ne censurent guère cette prouesse minable. Au contraire…- on triche, avant les campagnes électorales ;- on triche encore lors des votes, avec plus de votants que d’inscrits ;- on triche dans les décomptes, etc.Au finish, aucune élection n’est propre, aucune liste électorale n’est propre, même que des morts votent, et peuvent voter ; aucune Commission électorale indépendante, tant réclamée, n’est propre.
Elle sera toujours accusée, à tort ou à raison, par les perdants, mais saluée par les vainqueurs. Pas étonnant de voir un obscur candidat du continent à une élection, méconnu, de surcroît, sans base, mais à qui on a donné le droit de créer, lui aussi, un parti, crier, hurler à la triche, battu aux élections. Comme on le dit, trivialement, c’est notre « comme ça ».Se plaindre, toujours se plaindre, ne voir que la triche, le koutcha, la combine et autres, dans tout, devient un réflexe primitif.
Et tout est facile à comprendre, alors, sur nos stades africains : un pays africain, organisateur, en outre, d’une compétition, joue contre un autre, africain, on n’y verra que le coup de pouce de l’arbitre au premier, quoi qu’il fasse. Le soupçon systématique, habitués que nous sommes au faux de tous ordres, on ne voit que ça, sur ce continent.Á force de vivre dans un tel environnement, la triche, ou la fraude aux examens et concours, aux déclarations fiscales, aux élections, à l’université, dans les lycées et collèges, est devenue, pour rester dans le domaine, un sport national. N’en rions pas.
Jamais je n’ai vu un continent où tout n’est que tricherie, rien n’est clair. Où va-t-on avec ce type de comportement-fixe, ce défaut qui déçoit, et qui semble nous coller à la peau ?Le Sénégal a gagné, grâce à Sadio Mané. Un grand joueur, capitaine, qui plus est, c’est aussi cela. Ne jamais égarer la troupe, mais la conduire au but fixé : se battre et gagner, malgré même les vents contraires. Tu as sauvé la Can de ce déshonneur de quitter le terrain, avant le coup de sifflet final, en ne suivant pas celui dont le rôle était de vous dire : votre place est sur le terrain, le foot ne se joue dans les vestiaires, hors de vue des spectateurs ! Plus jamais ça !De grâce, ne nous servez plus ce…tchep à donner des indigestions. Le football africain méritait mieux que ce plat de la contestation, qui le déshonore au banquet du football mondial.
