Après un coup d’État, quatre ans de transition, un référendum constitutionnel et une élection présidentielle remportée haut la main par le tombeur d’Alpha Condé, la Guinée retrouve son siège au sein de l’organisation continentale.
Il est des putschistes qui assument le caractère antidémocratique de leur régime, tout en s’offusquant étrangement qu’on les qualifie de putschistes. Et il y a des auteurs de coups d’État qui pratiquent un tour de passe-passe transformiste où le treillis se mue en boubou à multiples replis. Plus de quatre ans après le coup de force contre Alpha Condé, la Guinée semble avoir réussi son tour de bonneteau. L’Union africaine (UA) semble en être suffisamment convaincue pour engager d’autres institutions internationales à desserrer l’étau.
Le 22 janvier dernier, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’organisation examinait la situation politique guinéenne et jugeait la transition « très fructueuse ». Alors que la Guinée était suspendue depuis septembre 2021, la voilà invitée à reprendre sa participation selon les termes d’un communiqué qui indique qu’est levée « la suspension de la participation de la République de Guinée aux activités de l’UA, conformément à l’article 26 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance ».
Élection validée
Après avoir suivi un chemin référendaire lui garantissant d’être candidat à la présidentielle, le général Mamadi Doumbouya a été élu, le 28 décembre, dès le premier tour de scrutin et pour un septennat avec, selon la Direction générale des élections, 86,72 % des suffrages exprimés. C’est le 17 janvier que le tombeur d’Alpha Condé a été investi à la tête du pays, arborant un boubou rappelant celui de Sékou Touré ou de Lansana Conté, et reprenant à son compte un jargon déjà bien huilé : « Aujourd’hui, il n’y a ni vainqueur ni vaincu, il n’y a qu’une seule Guinée, unie et indivisible. »
L’UA a décidé de se contenter de ces lapalissades, saluant les progrès enregistrés dans la mise en œuvre de la feuille de route de la transition et un scrutin organisé dans un climat qualifié de « pacifique et ordonné ». Et le CPS d’arroser tout le peuple guinéen de compliments et d’inviter chaque État membre de l’UA, la Cedeao, les Nations unies et les autres partenaires internationaux à poursuivre « leur soutien à la stabilisation et au développement durable de la Guinée ».
Plus si affinités
Sans doute l’UA n’est-elle pas sourde aux voix discordantes qui affirment que le processus démocratique guinéen est un trompe-l’œil, que le scrutin présidentiel était joué d’avance, que les principaux opposants, en exil ou en détention, ont été empêchés de se présenter et que la liberté d’expression a été malmenée, ces quatre dernières années, par celui qui exhibe aujourd’hui une tenue immaculée, symbole de virginité politique.
Sans doute l’ancien soldat de la Légion étrangère lui-même sait-il que son régime mérite stabilisation. L’histoire de la Guinée est percluse de soubresauts militaro-politiciens…
