Le village de Segué est situé à une cinquantaine de kilomètres du cercle de Bankass, dans la région de Bandiagara au Mali. Cette zone est en proie depuis plusieurs années à des attaques djihadistes récurrentes. La circulation des engins à deux roues y est interdite durant la nuit, jusqu’à l’aube.
La Katiba Macina du prédicateur Amadou Kouffa y sème la terreur.
De sources locales, l’attaque de vendredi dernier (26.12.25) a fait au moins six victimes dont deux enseignants. Des maisons et des magasins ont également été incendiés ainsi que du bétail emporté. Pour l’instant, rien ne dit que les enseignants étaient les principales cibles de l’assaut djihadiste.
Le syndicaliste enseignant Ousmane Almoudou réclame toutefois plus de sécurité pour les enseignants dans les zones de conflit.
« Nous avons des enseignants qui, en raison de l’amour pour leur pays, sont en train de servir sur toute l’étendue du territoire national. Ce qui veut dire qu’ils ont accepté d’aller servir dans des zones d’insécurité. Si ce genre de situations se produit, forcément ça nous inquiète quant à la sécurité de nos collègues dans ces zones-là », explique-t-il au micro de la DW.
« Donc, cela nous amène à lancer un cri du cœur aux autorités afin que la sécurité soit renforcée et qu’une attention particulière de plus en plus soutenue [soit accordée aux] enseignants. »
Des personnes particulièrement ciblées par les groupes djihadistes
Depuis plusieurs années maintenant, les enseignants sont dans le viseur des groupes djihadistes qui entendent imposer la charia, loi islamique dans tout le pays.
Selon l’enseignant-chercheur, Lamine Savané, auteur de l’article « L’école africaine face aux crises sécuritaires », ce qui est en cause, c’est l’enseignement de la culture occidentale dans les écoles.
« L’école devient une cible de prédilection pour les djihadistes en raison de l’esprit critique qu’elle développe. Je pense que pour comprendre cela, il faut s’intéresser au groupe djihadiste armé du Nigeria, Boko Haram qui signifie que la civilisation occidentale est un pêché, [qu’elle] est haram », résume-t-il.
« Elle participerait [selon eux] à la dépravation des mœurs religieuses. C’est la raison principale pour laquelle les groupes djihadistes s’attaquent aux écoles. Pas simplement aux écoles, mais aussi à ceux qui font marcher les écoles, à savoir les enseignants. »
Les enseignants des régions du centre et du nord du Mali vivent au quotidien entre menaces d’enlèvements ou d’assassinats. Les djihadistes les somment ainsi d’abandonner l’enseignement classique dans la langue française au profit de celui basé sur le livre saint de l’islam, le coran.
