
L’ancien président sénégalais Macky Sall a annoncé, par la voix de son avocat Me Pierre-Olivier Sur, qu’il prépare une mise en demeure formelle contre le gouvernement actuel. Cette décision fait suite aux accusations de « dette cachée » qui pèsent sur son régime et aux récentes révélations de la Cour des comptes.
Faits à l’origine du litige
Accusations de « dette cachée »:
Le gouvernement actuel et la Cour des comptes affirment que l’administration Sall aurait dissimulé environ 7 milliards de dollars de dette publique entre 2019 et 2024, soit une différence entre les chiffres déclarés (70 % du PIB) et ceux recalculés par la Cour (près de 100 % du PIB).
Le rapport de la Cour des comptes, publié en février 2025, pointe notamment la vente d’immeubles de l’État à la Société nationale de gestion du patrimoine bâti (SOGEPA) pour 198 milliards FCFA, ainsi que des décaissements irréguliers et des fonds détournés.
Stratégie juridique de Macky Sall
Saisine administrative:
Le 7 octobre 2025, les avocats de Macky Sall ont adressé des courriers officiels au ministre des Finances (Cheikh Diba) et au président de la Cour des comptes (Mamadou Faye) pour obtenir l’accès aux documents justifiant les accusations. Ils exigent la communication du rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) utilisé pour l’audit.
Mise en demeure et recours judiciaires:En l’absence de réponse, une mise en demeure formelle sera envoyée aux institutions concernées. Si cette voie amiable échoue, la défense envisage:
Un recours en référé pour obtenir les documents:Une saisine de toute autorité judiciaire compétente, y compris une éventuelle plainte pour dénonciation calomnieuse ou atteinte à la présomption d’innocence.
Positionnement diplomatique:Depuis son exil au Maroc, Macky Sall bénéficie d’un soutien diplomatique marocain, ce qui ajoute une dimension internationale au dossier.
Réactions politiques et médiatiques
Des figures comme Maimouna Bousso (députée de la coalition au pouvoir) réclament des poursuites contre Macky Sall et qualifient sa démarche de « tentative d’étouffer la vérité ».
La presse sénégalaise suit de près cette affaire, qualifiée de « bras de fer juridico-politique », soulignant que la mise en demeure pourrait précipiter une crise institutionnelle si le gouvernement maintient son silence.
La mise en demeure préparée par Macky Sall s’inscrit dans une stratégie défensive visant à contester la légitimité des accusations et à l’issue de la procédure judiciaire. Elle pourrait aboutir à une saisine de la Haute Cour de justice si les autorités refusent de communiquer les documents exigés. Cette affaire souligne les tensions entre l’ancien régime et le pouvoir actuel, dans un contexte de réexamen de la dette publique sénégalaise.
