Le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a appelé jeudi à maintenir fermé le détroit d’Ormuz, passage hautement stratégique du commerce de pétrole mondial, alors que les cours du pétrole continuent de flamber.
Désigné dimanche soir à la place de son père Ali Khamenei, tué au début des attaques israélo-américaines sur l’Iran, le nouveau dirigeant n’est toujours apparu en public et a été blessé lui-même dans une frappe.
Donald Trump a au même moment déclaré que la nécessité de « stopper » l’Iran passait avant les prix du pétrole, toujours en hausse malgré la décision des pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) d’utiliser leurs réserves stratégiques.
Dans son premier message, lu par une présentatrice de la télévision nationale, Mojataba Khamenei a également appelé les pays de la région à fermer les bases américaines qu’ils abritent sur leur sol, et promis de venger les victimes de la guerre – « jusqu’au bout ».
Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne « la plus importante perturbation » de l’approvisionnement mondial du pétrole de l’histoire, a averti jeudi l’AIE.
La navigation est pratiquement bloquée dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial, par où transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux.
Le conflit, déclenché le 28 février, pénalise l’approvisionnement en or noir de l’économie mondiale, affaiblit les sites de production de la région et menace ses services financiers.
Les pays du Golfe réduisent leur production d’au moins 10 millions de barils par jour en raison du blocage du détroit d’Ormuz, de facto contrôlé par l’Iran, selon l’AIE. Mercredi, ses 32 pays membres avaient acté un déblocage record de 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques.
Et au 13e jour de la guerre, la vie quotidienne des habitants de la région s’organise entre privations, angoisses et espoir d’un lendemain meilleur.
« On peut toujours faire ses courses. L’exception, c’était le jour où ils ont frappé les dépôts de pétrole: avec la pluie noire, ça faisait apocalyptique », explique à l’AFP une habitante de 39 ans, contactée depuis Paris.
Les frappes, certes, sont difficiles à vivre. Mais « je ne comprends pas les gens qui disent +non à la guerre+ », explique-t-elle. Après la violente répression des manifestations de janvier en Iran, « il n’y a aucune autre solution que l’intervention étrangère » pour changer le pouvoir politique.
Explosions dans le Golfe
Plusieurs explosions ont secoué le Golfe jeudi. Sur un réservoir d’hydrocarbures à Bahreïn, un immense champ pétrolier en Arabie saoudite, un aéroport au Koweit, un port à Oman.
Au moins trois navires ont été attaqués, soit un total de six depuis mercredi et 23 depuis le début du conflit, selon l’agence maritime britannique (UKMTO).
La télévision étatique irakienne a diffusé des images d’un navire d’où s’élevaient d’impressionnantes boules de feu. Plus de 50 membres d’équipage ont été secourus au large de l’Irak, selon les autorités portuaires.
La menace s’étend désormais aussi sur la banque et la finance, services essentiels des grandes capitales du Golfe. L’agence iranienne Tasnim a cité les géants américains de la tech comme de « futures cibles », dont les géants Amazon, Google, Microsoft, IBM Oracle ou encore Nvidia et certains grands noms de la finance ont déjà fermé leurs bureaux à Dubaï.
Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en pilonnant les intérêts occidentaux.
Ali Fadavi, un de ces représentants, a brandi la menace d’une « guerre d’usure » à même de « détruire l’économie américaine entière » et « l’économie mondiale ».
