À 81 ans, le dirigeant, au pouvoir depuis 1986, a officiellement remporté le scrutin du 15 janvier avec près de 72 % des voix, contre 25 % pour son principal rival, l’opposant Bobi Wine. Ce dernier rejette catégoriquement ces résultats, qu’il juge frauduleux, évoquant du bourrage d’urnes et des manipulations de procès-verbaux – des accusations qu’il n’a toutefois pas étayées publiquement.
Des tensions renforcées par les menaces du fils du président
La crise post-électorale s’est accentuée après de nouvelles déclarations de Muhoozi Kainerugaba, fils du président et chef des forces armées. Connu pour ses prises de position provocatrices sur les réseaux sociaux, Muhoozi a publié des messages contenant des menaces explicites visant Bobi Wine – des propos interprétés comme de véritables » menaces de mort » par l’opposition.
Dans ses interventions en ligne, Muhoozi a également lancé des insultes à l’encontre de l’opposant, alimentant les critiques sur son ascension politique et la manière dont il use de sa plateforme pour intimider ses adversaires. Malgré ces controverses, une partie de la population continue de le percevoir comme un héritier potentiel du pouvoir, dans un contexte où Museveni n’a jamais désigné publiquement de successeur.
Muhoozi avait annoncé sa candidature pour 2026 avant d’y renoncer, après sa nomination à la tête de l’armée en 2024.
La question de la succession reste ainsi ouverte, et certains observateurs évoquent également le rôle de Salim Saleh, frère du président, comme autre figure influente susceptible de peser dans les équilibres internes du régime.
Bobi Wine renonce à un recours judiciaire mais maintient sa contestation
Dans une décision symboliquement forte, Bobi Wine – qui s’est placé en tête de la contestation ces dernières années – a annoncé qu’il ne saisirait pas les tribunaux pour contester les résultats. Depuis un lieu tenu secret, il a expliqué qu’il n’avait aucune confiance dans la justice ougandaise, qu’il juge » capturée » et contrôlée par l’exécutif.
L’opposant affirme avoir été contraint de s’enfuir après un raid de la police contre son domicile, où sa famille serait restreinte dans son accès à la nourriture et surveillée de près. Les forces de sécurité auraient également coupé l’électricité et neutralisé les caméras de surveillance. Cette situation, selon lui, illustre la nature profondément verrouillée du système politique ougandais.
Malgré son refus d’engager un bras de fer judiciaire, Bobi Wine assure qu’il ne renonce pas. Il appelle ses partisans à poursuivre la mobilisationpar des moyens pacifiques et » toutes les voies légales » disponibles hors du cadre judiciaire. Cela marque un déplacement de la contestation : du terrain institutionnel vers celui de l’action citoyenne et de la pression populaire.
Une opposition fragilisée, un pouvoir durci
Le gouvernement, de son côté, maintient un discours inflexible : Museveni accuse l’opposition de vouloir renverser les résultats par la violence et qualifie certains de ses militants de » terroristes « .
L’Union africaine, tout en critiquant la coupure d’internet décidée pendant plusieurs jours, indique ne pas avoir observé d’irrégularités majeures telles que du bourrage d’urnes dans les bureaux qu’elle a suivis.
En arrière-plan, les rapports de force internes au pouvoir se recomposent discrètement. Les prochaines nominations gouvernementales devraient éclairer la dynamique entre les figures influentes du régime – notamment Muhoozi et Salim Saleh – et préciser la direction que pourrait prendre la préparation de l’après‑Museveni.
Un pays à la croisée des chemins
L’Ouganda aborde ainsi une période délicate. D’un côté, un régime solidement installé, appuyé sur l’armée et les structures de l’État. De l’autre, une opposition jeune, connectée et mobilisée, mais confrontée à une répression persistante et à des institutions verrouillées.
Le retrait de Bobi Wine du terrain judiciaire n’est pas un aveu d’échec : c’est un signe de rupture, révélateur d’une crise de confiance profonde entre les citoyens et leurs institutions.
En 2026, plus que jamais, l’avenir politique de l’Ouganda se joue autant dans les coulisses du pouvoir que dans les rues, où se cristallisent les espoirs et la colère d’une partie de la population.
Auteur: Bob Barry
