Comme régulièrement, les autorités nigériennes ont accusé la France de préparer une « déstabilisation de l’AES ». Elles pointent cette fois du doigt la présence d’un porte-hélicoptères français sur le littoral béninois.
Prétendument découverte par les services de renseignement du Niger, l’information classifiée et élevée au rang d’« alerte » fait régulièrement les choux gras des webtélévisions autoproclamées panafricanistes. Encore récemment, sur YouTube, un débat en plusieurs parties était intitulé « Complot contre Tiani : la DGSE [les renseignements français] prise la main dans le sac ? ». Les intervenants évoquaient alors l’accostage du porte-hélicoptères amphibie français Tonnerre à Cotonou.
Accusation « nigérocentrée »
Le navire de la Marine nationale française ne faisait qu’escale à Cotonou, le 2 novembre dernier, et ceci dans le cadre de l’opération de coopération maritime régionale Corymbe. Celle-ci comporte de fréquents échanges et entraînements conjoints entre les militaires français et plusieurs marines africaines, notamment celle des Forces armées béninoises (FAB) ou celle du Ghana. Une opération d’entraînement militaire conjoint est d’ailleurs officiellement prévue au large des côtes africaines mi-novembre.
Le général Abdourahamane Tiani n’a pourtant pas hésité à tordre de nouveau cette information officielle, fournie par ses services de renseignement, à ses fins. Devant des hauts gradés, il l’a récemment présentée comme preuve d’un complot contre sa personne. Une accusation « nigérocentrée » qui n’étonne guère. En août 2024, il avait également parlé d’un déménagement secret à venir du siège de la DGSE dans la région parisienne, le présentant comme un succès de la pression de l’Alliance des États du Sahel.
Ledit déménagement, bien réel mais retardé depuis, était pourtant déjà un projet public en France. Il avait même été présenté par le président Emmanuel Macron lui-même. Décidé pour des raisons de mise en conformité des locaux de la DGSE – historiquement basés dans une enceinte vieillissante, boulevard Mortier –, celui-ci n’a rien à voir avec une quelconque pression des adversaires sahéliens de Paris. Ce qui n’a donc pas empêché Abdourahamane Tiani de tenter d’en profiter.
« Fonds illimités » et « repeuplement terroriste »
Cette volonté de la confédération sahélienne de s’attribuer incessamment des « mérites » pourrait faire sourire si les accusations nigériennes n’étaient pas plus graves. Ainsi le Niger accuse-t-il la France de collaboration avec les organisations terroristes de la sous-région. Le général Tiani avait évoqué des rendez-vous, en octobre 2023 et janvier 2024, entre des agents français et des « terroristes » de l’État islamique en Afrique de l’Ouest, en vue de livraisons d’armes. Le Premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, a parlé, lui, de camps français d’entraînement des terroristes au Bénin.
En juin dernier, Abdourahamane Tiani réitérait ses accusations de « vaste » complot d’une « cellule Sahel de l’Élysée » contre le Niger, un plan aux « fonds illimités » impliquant des réseaux de renseignement, des acteurs régionaux et des groupes armés. Et le chef de l’État nigérien de parler de « guerre indirecte contre la Confédération des États du Sahel (AES) », notamment par un « repeuplement terroriste » dans les zones frontalières entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso. La fabrique à complots tourne à plein régime.
