Arrêté à Abidjan en juillet et placé depuis en détention provisoire, le membre du Conseil national de transition (CNT) du Mali comparaîtra le 9 janvier pour « offense au chef de l’État ».
Les faits. Mamadou Hawa Gassama, parlementaire malien détenu à Abidjan depuis son arrestation au mois de juillet, comparaîtra ce vendredi 9 janvier devant le tribunal de première instance (TPI) d’Abidjan-Plateau, a annoncé lundi son avocat, Mamadou Ismaïla Konaté, ancien ministre malien de la Justice.
Membre du Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif de la transition malienne, Gassama est poursuivi pour « offense au chef de l’État ivoirien », « injure par système d’information » et « fausse déclaration ». Il est actuellement détenu à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca).
Ce que ça change. La fixation de la date d’audience marque la fin de la phase d’instruction dans ce dossier. L’affaire entre ainsi dans une phase plus visible, avec une audience publique très attendue. Mamadou Hawa Gassama pourrait être prochainement fixé sur son sort judiciaire.
Dans son communiqué, Me Konaté a indiqué qu’il assurera personnellement la défense de son client à Abidjan. L’avocat malien entend plaider, entre autres, l’âge avancé et l’état de santé de Gassama, ainsi que sa qualité de membre du CNT malien.
Le contexte. Mamadou Hawa Gassama a été interpellé à l’aéroport d’Abidjan en juillet 2025, alors qu’il s’apprêtait à regagner Bamako après un séjour familial à Séguéla, dans le nord de la Côte d’Ivoire.
Selon des témoins, alors qu’il avait déjà pris place à bord de l’avion, un problème technique a contraint la compagnie aérienne à faire débarquer l’ensemble des passagers. Mécontent de la situation, Gassama aurait alors élevé la voix, attirant l’attention des services de sécurité de l’aéroport. Il a ensuite été conduit à la Direction de la surveillance du territoire (DST) pour y être entendu, avant d’être présenté à un juge d’instruction, qui a ordonné son placement sous mandat de dépôt.
L’arrestation a ouvert une longue période d’instruction, au cours de laquelle le député malien a multiplié les gestes d’apaisement. Il a notamment présenté des excuses officielles au président ivoirien, Alassane Ouattara.
La procédure a cependant suivi son cours et, le 30 décembre, le doyen des juges d’instruction du TPI d’Abidjan-Plateau a renvoyé le dossier devant le tribunal correctionnel, mettant fin à plusieurs mois d’incertitudes procédurales.
L’analyse. L’affaire a suscité une forte attention médiatique et politique, tant en Côte d’Ivoire qu’au Mali, en raison du profil du prévenu et de la nature des infractions reprochées. Figure médiatique au Mali, Mamadou Hawa Gassama a la réputation d’être un homme politique au franc-parler assumé, souvent jugé excessif.
En septembre 2022, l’ancien député de Yélimané, dans la région de Kayes (ouest du Mali), avait notamment qualifié le président ivoirien d’« ennemi numéro un du Mali », affirmant détenir des « preuves » à l’appui de ses déclarations. Sa détention actuelle serait liée à ces propos, après vérification de son identité à la suite de son arrestation à l’aéroport.
Alors que les relations entre le Mali et la Côte d’Ivoire sont tendues depuis 2022, du fait notamment de l’affaire des 49 militaires ivoiriens, certains redoutaient un nouvel épisode de crispation diplomatique. Il n’en a rien été. Les autorités maliennes ont, jusqu’ici, observé un silence prudent. Après l’arrestation de Gassama en juillet, un membre du CNT confiait à Jeune Afrique que « les autorités maliennes n’[avaient] pris aucune disposition pour réclamer sa libération, d’autant qu’il [avait] été arrêté dans un cadre privé et non dans le cadre d’une mission officielle ».
