En s’entretenant exclusivement avec ses homologues algérien, mauritanien et marocain, tout en excluant volontairement les représentants du polisario, le ministre espagnol des Affaires étrangères a provoqué l’ire des milieux séparatistes. Pourtant, cette démarche de José Manuel Albares incarne une clarification diplomatique assumée. Elle s’aligne avec cohérence sur la nouvelle doctrine espagnole concernant le dossier du Sahara : un réalisme politique qui consacre les acteurs étatiques comme seuls interlocuteurs légitimes.
Cette séquence diplomatique, tenue en début de semaine à Madrid en marge de réunions organisées par les États-Unis à leur ambassade, a donné lieu à des échanges bilatéraux entre les chefs de la diplomatie des pays invités. Si l’Espagne ne s’est pas posée en médiatrice officielle dans les discussions quadripartites, elle a néanmoins marqué le coup : Madrid a choisi de ne s’adresser qu’aux représentants d’États reconnus, ignorant de facto les organisations séparatistes.
Ce signal politique fort traduit le nouveau positionnement du département des Affaires étrangères espagnol. Madrid n’entretient plus de contacts avec le polisario et refuse de soutenir une entité qui s’oppose aux intérêts suprêmes du Maroc et à sa souveraineté.
L’exclusion des représentants de la milice armée relève d’une logique « d’État à État », en parfaite adéquation avec le soutien espagnol au plan d’autonomie marocain. Qualifiée de base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour la résolution du différend, cette proposition de 2007 prévoit une large autonomie sous souveraineté marocaine, ne laissant aucun doute sur la reconnaissance implicite par l’Espagne de la marocanité du Sahara. Cet appui à la solution marocaine, devenue le cadre exclusif du Conseil de sécurité de l’ONU, impliquait nécessairement une marginalisation des éléments menaçant l’intégrité territoriale du Royaume.
Bien que logique, ce recalibrage a été mal accueilli par les militants du polisario, habitués par le passé à être reçus. Dans une vidéo, José Manuel Albares a confirmé avoir tenu des entretiens avec les parties concernées, y compris Staffan de Mistura, l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU, réaffirmant le soutien total de son pays au processus onusien sans faire la moindre référence à l’entité séparatiste.
Au-delà de cette exclusion, cette séquence marque une redéfinition des parties prenantes réelles au conflit. L’Algérie est ici directement désignée comme une partie principale, et non comme le simple observateur qu’elle prétend être. L’accent mis sur Alger souligne sa responsabilité centrale dans la formation, le soutien de la milice et la pérennisation de ce différend régional.
Enfin, l’implication accrue des États-Unis, portée par une volonté internationale de pacification du Sahel et du Sahara, laisse entrevoir une issue prochaine. Des négociations directes sont attendues dans les mois à venir entre les véritables protagonistes, malgré les tentatives de blocage de la milice. Ces futures rencontres constituent une opportunité décisive pour aborder le fond du règlement et clore définitivement ce dossier vieux d’un demi-siècle.
