L’enclave occupée de Sebta traverse, depuis le début de l’année 2025, l’une des périodes les plus éprouvantes en matière de pression migratoire. Les derniers chiffres communiqués par le ministère espagnol de l’Intérieur sont éloquents : 3 k268 migrants ont franchi la frontière de l’enclave, soit en escaladant la clôture métallique, soit en passant par le brise-lames maritime. Cette progression de 39,4 % par rapport à 2024, année qui avait enregistré 2.344 arrivées, confirme l’intensité du phénomène. Les médias espagnols soulignent d’ailleurs que ces statistiques ne tiennent pas compte des milliers de tentatives échouées, souvent terminées dans les eaux du détroit, dans la discrétion et parfois dans la tragédie.
La frontière terrestre séparant le Maroc de Sebta reste l’axe privilégié des migrants issus de divers pays d’Afrique du Nord et au-delà du Sahara. C’est aussi le passage le plus dangereux. Depuis le début de l’année, au moins 43 personnes ont perdu la vie dans des noyades, des chutes ou d’autres accidents survenus lors de tentatives de franchissement. Durant les seuls quinze derniers jours du mois de novembre, les autorités espagnoles ont décompté 167 entrées via la clôture ou la zone du brise-lames, entre les 15 et 30 novembre.
Malgré cette pression continue, un autre indicateur attire l’attention. Comme le révèle le journal El Faro, les arrivées par voie maritime ont fortement chuté : seules 5 personnes ont atteint Sebta par de petites embarcations en 2025, contre 28 migrants en 2024. La diminution atteint ainsi 82,1 %, et l’année n’a enregistré que trois tentatives au total par la mer.
À Melilla occupée, la dynamique diffère par son ampleur mais s’inscrit dans une tendance comparable. Pour l’année 2025, 291 migrants y sont entrés par voie terrestre, alors que la même période de 2024 n’en comptait que 91, soit une hausse dépassant les 200 %. D’après la même source médiatique, cette évolution démontre que les deux enclaves connaissent une pression migratoire soutenue, bien que l’intensité varie selon les zones, le tout dans un contexte de tensions croissantes dans les îles Baléares.
Au niveau national, l’Espagne comptabilise depuis janvier 34.251 migrants ayant pénétré sur son territoire par voie maritime et terrestre. C’est un recul significatif par rapport aux 56.976 entrées enregistrées en 2024, soit une baisse de 29,9 %, que le ministère de l’Intérieur interprète comme un signe global d’atténuation des flux migratoires, malgré la persistance d’une hausse sur certaines routes.
Certaines régions demeurent toutefois particulièrement touchées. Les îles Baléares ont ainsi vu affluer 6.688 migrants en 2025, représentant une progression de 28,3 % en comparaison avec l’année précédente. À l’inverse, les îles Canaries ont observé un repli spectaculaire des arrivées par +kayuko+ : celles-ci sont passées de 41.425 migrants en 2024 à 16.807 en 2025, soit une chute de 59,4 %.
Pour El Faro, les chiffres officiels ne suffisent pas à saisir l’ampleur réelle de la situation. Ils omettent les tentatives de passage avortées, évaluées à plusieurs milliers, auxquelles les forces de sécurité doivent faire face quotidiennement. Ces opérations, qui mobilisent énormément de moyens, sont souvent à l’origine des accidents mortels recensés à Sebta et le long du littoral. Une partie importante de ces événements n’apparaît jamais dans les rapports officiels, alors même qu’ils pèsent lourdement sur des unités de sécurité déjà limitées par un manque de ressources et d’équipements.
Des associations de défense des droits humains et des militants relayent également leur inquiétude. Toujours selon le journal espagnol, le fait de ne pas comptabiliser ces tentatives invisibilise une crise bien plus grave. Le nombre de victimes ne cesse de croître, notamment parmi les jeunes et les mineurs, qui tentent de nager jusqu’aux brise-lames, de s’accrocher aux bouées métalliques, ou de sauter depuis des zones périlleuses le long de la frontière. Les habitants et les réseaux sociaux rapportent par ailleurs des cas de disparition récurrents, signes d’une détresse désormais chronique.
Ainsi, conclut El Faro, Sebta occupée se trouve aujourd’hui dans une situation migratoire exceptionnelle. Les données publiées par le ministère espagnol ne révèlent que la surface d’une réalité bien plus complexe, marquée à la fois par des drames humains et par une pression sécuritaire qui ne cesse de s’intensifier.
