Devant les deux chambres du Parlement, le président algérien a évoqué les relations de son pays avec le Mali, suggérant que son voisin ne faisait pas preuve d’une bienveillance réciproque. Il a pour cela remonté le cursus de certains dignitaires maliens…
Il y a des bisbilles que les résolutions de Nouvel An ne semblent pas devoir apaiser. Il y a même des parties qui, dans certaines crises, n’hésitent pas à convoquer des leviers polémiques dignes d’une cour d’école. Alors que le Mali et l’Algérie ont du mal à apaiser leurs tensions diplomatiques récentes, le président Abdelmadjid Tebboune a adressé, ce 30 décembre, un discours à la nation devant les deux chambres du Parlement. Il n’a pas manqué de lancer, en direction du Mali, une pique déguisée en regret candide…
Pour démontrer la bienveillance présumée de son pays à l’égard d’un Mali présumé ingrat, le président algérien a évoqué les bourses d’études accordées aux « frères africains » et a nommément cité deux pontes du régime actuel de Bamako : le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, et le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, extrayant de leurs curriculums vitæ respectifs des diplômes de l’École nationale d’administration d’Alger.
La souveraineté ou la mort
Si l’obtention d’une certification académique dans un pays n’est guère censée impliquer une allégeance indéfectible à tout régime politique dudit pays, Tebboune sait à quel point les dirigeants issus des coups d’État malien n’ont que le mot « souveraineté » à la bouche. Une souveraineté qui implique, dans sa version la plus radicale, qu’un pays voisin ne devrait pas se permettre de parler publiquement des gouvernants souverains. Une souveraineté qui –aussi aboutie qu’elle soit– présuppose également que les Maliens disposent d’un système éducatif endogène qui leur épargne des études à l’étranger…
Cela fait deux années que les relations entre Alger et Bamako se sont dégradées, entre offenses diplomatiques, tensions sécuritaires et différends juridiques. Le 25 janvier 2024, la junte malienne annonçait son retrait de l’accord dit « d’Alger« , plus précisément « Accord pour la paix et la réconciliation au Mali » signé le 15 mai et le 20 juin 2015, entre le Mali et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). Embouchant déjà la trompette de la souveraineté absolue, Bamako accusait Alger d’ingérence dans les affaires intérieures du Mali, et même de duplicité à l’égard de la lutte contre les mouvements terroristes et séparatistes au Sahel.
Exil et espace aérien
En avril 2025, l’Algérie a annoncé avoir abattu un drone militaire malien ayant pénétré son espace aérien. Contestant la violation de la zone indiquée, le Mali a saisi la Cour internationale de Justice, invoquant une atteinte à sa propre souveraineté.
Depuis décembre 2023, l’exil algérien de l’imam Mahmoud Dicko fait également grincer des dents. Le 5 décembre dernier, l’ancien président du Haut Conseil islamique du Mali annonçait son intégration dans un mouvement politique d’opposition. La « Coalition des forces pour la République » se présente comme un regroupement de résistance pacifique, qui appelle les Maliens à la désobéissance civile pour faire chuter le régime militaire.
