Accusé notamment de « corruption d’agent public » au Togo dans l’affaire dite des « ports africains », l’homme d’affaires français devrait être jugé en décembre à Paris. Ses avocats estiment « impossible » un procès équitable.
Le milliardaire conservateur français Vincent Bolloré doit être jugé en décembre à Paris pour corruption d’agent public au Togo, entre 2009 et 2011, dans l’affaire dite des « ports africains », a appris l’AFP jeudi 19 mars de sources concordantes, confirmant une information du Monde. L’audience est prévue du 7 au 17 décembre devant le tribunal correctionnel de Paris.
Les avocats de Vincent Bolloré ont dans la foulée estimé « impossible la tenue d’un procès équitable ». Ils ont annoncé faire appel de l’ordonnance des juges rendue « pour des motifs procéduraux ».
L’exploitation du port de Lomé
Les faits remontent à la campagne électorale de 2010 du président togolais Faure Essozimna Gnassingbé, a précisé une source judiciaire. Vincent Bolloré, 73 ans, devra répondre de son rôle dans les agissements de l’agence de publicité Euro RSCG (devenue Havas), une filiale de son groupe, qui aurait notamment fourni des prestations pour la campagne présidentielle de Faure Gnassingbé à un prix sous-évalué.
En échange, le président togolais aurait appuyé l’attribution « de divers avantages au groupe Bolloré » et à ses filiales, dont le prolongement de la durée de concession pour l’exploitation du port de Lomé et des avantages fiscaux, selon la source judiciaire.
L’homme d’affaires français est également renvoyé devant le tribunal pour complicité d’abus de confiance au Togo, mais aussi en Guinée, dans le cadre de la campagne présidentielle de l’ancien dirigeant Alpha Condé en 2010.
Le milliardaire souhaitait éviter un long procès
Des juges financiers parisiens sont saisis de cette affaire depuis 2013. Vincent Bolloré avait été mis en examen en 2018 dans ce dossier. En 2021, il avait reconnu les faits aux côtés de Gilles Alix (directeur général du groupe Bolloré à l’époque) et de Jean-Philippe Dorent (directeur international chez Havas) pour éviter un long procès pénal et accepté une peine de 375 000 euros d’amende. Mais le tribunal avait refusé de l’homologuer, renvoyant le dossier à l’instruction. L’industriel breton contestait depuis ce revers procédural.
Le groupe Bolloré a lui accepté de payer 12 millions d’euros d’amende contre l’abandon des poursuites, dans le cadre d’une convention judiciaire d’intérêt public (CJIP).
(Avec AFP)
