La création de la fondation « Sénégal Solidaire », portée par les premières dames Marie Khone Faye et Absa Faye, relance un vieux débat au Sénégal : faut-il institutionnaliser les fondations des épouses de présidents pour éviter les dérives? Le directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, Seydi Gassama, répond oui et cite un cas précis : l’hôpital de Ninéfécha lancé par Viviane Wade.
Dans une série de tweets, Seydi Gassama propose « d’institutionaliser la fondation première(s) dame(s) ». L’objectif : garantir la pérennité des projets et la transparence. Il rappelle : « Cela permettrait d’éviter des situations fâcheuses comme celle de l’hôpital ultramoderne construit à Ninéfécha par Madame Viviane Wade. Un hôpital abandonné après le départ des Wade du pouvoir ».
Cet hôpital de « dernière génération », inauguré le 6 novembre 2002 à une quarantaine de kilomètres de Kédougou, serait devenu un simple poste de santé géré par la commune avec seulement trois employés : un infirmier-chef de poste, une sage-femme et un préposé à la vente des médicaments.
L’histoire des fondations de premières dames au Sénégal montre une constante : elles naissent avec le mandat et meurent avec la défaite. Solidarité-Partage d’Elisabeth Diouf, créée dans les années 1980, a disparu après la chute d’Abdou Diouf en 2000. Education-Santé ou « Agir pour l’Éducation et la Santé au Sénégal » de Viviane Wade, lancée après l’alternance de 2000, a été dissoute après 2012. Outre l’hôpital de Ninéfécha, la fondation a eu maille à partir avec la fondation suisse Antenna Technologies qui réclamait 835,2 millions FCFA de prêt non remboursé. Servir le Sénégal de Marème Faye Sall a été dissoute à la fin des 12 ans de Macky Sall.
Souleymane Ndéné Ndiaye, ex-Premier ministre sous Wade, regrette l’absence de continuité : « Ce qui était intéressant, c’est de faire en sorte que l’actif et le passif de la fondation de la première dame soient dévolus à la nouvelle fondation. Cela n’est jamais arrivé ». 1264
Les fondations sont régulièrement accusées d’opacité sur le financement et de servir de canal d’influence. Babacar Gaye, porte-parole du PDS, dénonce : « Elles donnent l’occasion à des hommes de pouvoir, d’affaires et autres trafiquants de tous ordres de chercher refuge et protection ».
La fondation Servir le Sénégal avait défrayé la chronique avec une promesse de 600 millions FCFA d’une banque marocaine BMCE pour un daara, alimentant les soupçons de « pots-de-vin »
Présentée à l’hôpital Dalal Jamm de Guédiawaye, la fondation « Sénégal Solidaire » dit vouloir rompre avec les pratiques héritées et installer un dispositif structuré aux impacts mesurables.
