Huit mois après la découverte des corps du danseur Abdou Aziz Ba « Aziz Dabala » et de son neveu Boubacar Gano « Wally » à Pikine-Technopole, l’instruction judiciaire s’accélère. Jeudi 16 avril 2026, les sept mis en cause ont été extraits de prison et conduits à la Division des investigations criminelles (DIC) pour des prélèvements ADN. Une opération réclamée par le juge d’instruction du 1er cabinet de Pikine-Guédiawaye. Mais à quoi sert vraiment ce test?
Le contexte : un double meurtre toujours entouré de zones d’ombre
Le 18 août 2024, Aziz Dabala et Wally sont retrouvés morts dans l’appartement du danseur, en état de putréfaction et avec de multiples blessures. L’autopsie révèle un décalage de sept heures entre les deux décès, contredisant la version initiale du principal suspect, El Hadji Mamadou Lamine Diao alias « Modou Lo ». Sept personnes sont inculpées : Modou Lo, Assane Diaw, Serigne Sarr, Ababacar Bâ, Oumar Guèye, Fallou Diop et la danseuse Nabou Lèye. Les charges : association de malfaiteurs, assassinat avec barbarie, vol aggravé, complicité.
Depuis, l’enquête patine entre aveux, rétractations et accusations croisées. Modou Lo a d’abord revendiqué seul le crime, avant d’accuser Nabou Lèye et le chanteur Tarba Mbaye d’avoir « commandité » et participé à l’exécution pour récupérer des « vidéos compromettantes » détenues par Aziz Dabala. Nabou Lèye, elle, clame : « Je n’y suis pour rien. Je n’ai pas tué et je ne sais pas qui a tué ».
Pourquoi des tests ADN maintenant?
Les prélèvements du 16 avril 2026 visent à « confronter les profils génétiques des suspects avec les indices matériels prélevés sur la scène du crime ». En clair, le juge veut trois choses : 3f3c
Identifier qui était dans l’appartement : la police scientifique avait relevé dès août 2024 « plusieurs traces de sang sur les murs et le couloir ». L’ADN doit dire si d’autres personnes que Modou Lo étaient présentes pendant ou après les faits. La DIC avait déjà indiqué que « leur ADN est apparu dans les données des analyses » pour les six hommes, mais le juge veut une contre-expertise et élargir la comparaison.
Vérifier les accusations de Modou Lo : le suspect affirme désormais que Nabou Lèye et Tarba Mbaye « auraient été en bas du lieu du crime » et auraient « porté le coup final ». Les enquêteurs cherchent donc leur ADN sur les armes présumées, les poignées, ou les vêtements des victimes. Problème : des « éléments techniques issus d’une contre-expertise » tendraient au contraire à « disculper Nabou Lèye ».
Éclaircir le mobile financier : des retraits Wave de 5 000 FCFA et 3 000 FCFA ont été effectués sur les comptes des victimes « quelques heures seulement après le drame ». Si l’ADN d’un suspect est retrouvé sur les téléphones ou près des terminaux utilisés, cela renforcerait la thèse du vol crapuleux en plus du mobile des vidéos. 2878d85f
Le cas Nabou Lèye : bornage contre ADN
La danseuse est au cœur du débat scientifique. Placée puis libérée sous contrôle judiciaire, elle a été réincarcérée après les nouvelles accusations de Modou Lo. Sa défense conteste le bornage téléphonique : « L’appareil bornait à 12 heures, dans les environs du lieu du crime, [et non] à minuit ». Ses avocats assurent qu’« il n’y a aucun élément factuel qui l’incrimine ni aucun élément de preuve ». Le test ADN est donc décisif : si son profil n’apparaît pas sur la scène, le juge devra trancher entre la parole de Modou Lo et l’absence de preuve matérielle. 062e
Ce que le juge ne peut pas faire sans l’ADN
Comme le rappelle un juriste dans l’émission JANGÀT : le juge d’instruction instruit « à charge et à décharge ». Il « a l’obligation de tenir compte de tout ». Or, dans un dossier où les témoignages varient et où le mobile oscille entre chantage sexuel, vidéos et argent, l’ADN reste « l’élément factuel » le plus solide. Il permet aussi de qualifier l’infraction : un ADN multiple sur la scène peut transformer le « meurtre » en « assassinat avec préméditation », passible de la réclusion criminelle à perpétuité.
Une fois les résultats intégrés au dossier, le juge décidera de maintenir ou non les inculpations, d’ordonner des confrontations ou de délivrer de nouvelles délégations judiciaires. Tarba Mbaye, entendu par la DIC puis libéré sous convocation, pourrait être le prochain à être inculpé si son ADN apparaît.
Pour l’heure, les sept suspects ont regagné leurs cellules. Le juge, lui, cherche la « manifestation de la vérité » dans un dossier où « les accusations verbales » s’opposent aux « indices techniques ».
Les résultats ADN pourraient donc faire basculer l’affaire Aziz Dabala-Wally Gano : confirmer la thèse du complot à plusieurs, ou renvoyer tout le monde… sauf Modou Lo.
