En Guinée, les familles des opposants et activistes sont désormais victimes d’enlèvements et de disparitions forcées. Une stratégie d’intimidation inédite et tristement efficace.
Fils, neveu, mère, sœur, collaboratrice… Depuis plusieurs mois, en Guinée, les proches des voix critiques du régime de Mamadi Doumbouya sont la cible d’enlèvements. « Cela n’épargne aucune catégorie sociale : ni les enfants ni les vieillards. C’est inédit », dénonce Abdoul Sacko, coordinateur du Forum des forces sociales de Guinée, dans notre décryptage vidéo.
L’activiste vit en exil depuis la tentative d’enlèvement qu’il a subie en février 2025. Il avait été retrouvé dans un état critique. « [Avant], les gens disparaissaient à cause de leurs opinions, pas à cause de celles de leur fils, de leur père ou de leur époux », poursuit-il.
Nouveau mode opératoire
Depuis le coup d’État du général Mamadi Doumbouya en septembre 2021, les enlèvements d’activistes se sont multipliés. Au moins 20 personnes seraient aujourd’hui portées disparues, selon Alseny Farinta Camara, coordinateur de Tournons la page Guinée. Parmi elles, deux membres du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). Oumar Sylla, alias Foniké Menguè, et Mamadou Billo Bah ont été arrêtés par les forces de défense et de sécurité le 9 juillet 2024, selon Amnesty International et des témoins présents lors de leur interpellation.
Mais depuis quelques mois, un basculement s’opère. Les ravisseurs semblent avoir un nouveau mode opératoire : la pression politique s’abat désormais sur les familles, qui sont de nouvelles cibles.
Un climat de terreur
Parmi les cas documentés : les proches de Tibou Kamara. L’ancien ministre, autrefois homme de confiance de l’ancien président Alpha Condé, a fini par s’exiler. Début mars, sa mère et sa sœur ont été emmenées « de force » par des individus en tenue militaire. Les deux femmes ont été libérées une semaine plus tard.
Les deux fils, un neveu et un frère d’Elie Kamano, fervent pourfendeur du régime, n’ont pas eu cette chance. « Le pouvoir va jusqu’à enlever des enfants de moins de 15 ans. Des bébés dont le seul crime est d’être les enfants d’Elie Kamano », accuse-t-il sur sa page Facebook. Cette méthode installe un climat de peur à Conakry. « Aucun membre de nos organisations, aucune de nos familles n’est en sécurité, parce que le régime militaire est devenu paranoïaque », dénonce Alseny Farinta Camara.
