Le ministère de la Santé et de l’Action sociale sort l’artillerie lourde pour 2025-2026. Face aux déserts médicaux, à la vétusté de certains hôpitaux et à la pression démographique, le gouvernement annonce un plan en trois axes : 2 500 recrutements, 65 milliards F CFA d’investissements prioritaires et une réforme structurelle de la gouvernance sanitaire. Objectif affiché : passer d’une médecine curative à une santé préventive, et rendre le système plus inclusif.
2 500 postes budgétaires pour colmater la pénurie
Le chiffre est posé : 2 500 recrutements prévus en 2025 pour médecins, infirmiers, sages-femmes, techniciens et personnels d’appui. Une rupture après des années de gel. En comparaison, seuls 1 500 postes étaient ouverts en 2017.
La priorité ira aux zones rurales et aux urgences. La session d’avril 2025 a déjà permis de recruter 100 % des médecins résidents contractuels disponibles, soit 992 médecins, contre 49 % en 2024. 661 médecins spécialistes ont été affectés pour mettre fin aux affectations temporaires. Une opération supplémentaire de 543 spécialistes est en cours, avec prise de poste en septembre 2025.
L’enjeu : réduire les inégalités territoriales. Aujourd’hui, 71 % des infrastructures sanitaires – 2 186 établissements – sont en milieu rural, mais manquent cruellement de personnel. « Former plus de soignants dans les filières paramédicales pour mieux prendre en charge les patients » devient un impératif.
65 milliards F CFA pour investir dans le « quotidien » et le structurel
L’État annonce 65 milliards F CFA d’investissements prioritaires sur 2025-2026, en deux volets :
Investissement courant et réhabilitation : réfection de locaux, rachat de matériel, petits aménagements pour « une amélioration rapide et sensible du quotidien des soignants, des patients et des résidents ». Le modèle s’inspire du Ségur français qui a fléché 650 M€ pour les hôpitaux et 125 M€ pour les Ehpad dans l’investissement du quotidien.
Projets structurants : réhabilitation de 83 hôpitaux pour 8 700 lits, dont 1 729 lits opérationnels dès 2025 et 2 056 d’ici 2028. Cinq nouveaux CHU sont programmés à Agadir, Laâyoune, Errachidia, Guelmim et Béni Mellal, plus la reconstruction d’Ibn Sina à Rabat, pour 3 807 lits au total. Les CHU existants de Fès, Casablanca, Rabat, Marrakech et Oujda seront modernisés.
En milieu rural, 1 400 centres de santé sont concernés par la réhabilitation : 950 sont déjà rénovés, les autres le seront avant fin 2025. S’y ajoutent 155 services d’urgences publics et 110 unités d’urgences médicales de proximité,avec un numéro national 141 joignable 24h/24. En 2024, plus de 6 millions de consultations urgentes ont été enregistrées.
Réformes structurelles : gouvernance, financement, prévention
Au-delà des chiffres, le ministère engage une réorganisation structurelle inédite depuis 1994. Un décret en finalisation doit clarifier les compétences entre le niveau central et régional, et accompagner l’émergence de nouvelles institutions.
Trois réformes clés :
Du curatif au préventif : L’agenda « Sénégal 2050 » fixe le cap d’un système « plus inclusif et plus résilient avec le passage d’une santé curative vers une santé préventive ». Cela passe par la coordination des parcours, la prévention, l’éducation à la santé et la vaccination, avec un accès direct aux soins infirmiers renforcé.
Financement et assurance maladie : Le gouvernement pousse la Stratégie Nationale de Financement de la Santé (SNFS) et la Couverture Maladie Universelle (CMU). Objectif : augmenter progressivement le budget santé à 15 % du budget national d’ici 2030, contre 11,8 % aujourd’hui. Le modèle économique doit évoluer vers une assurance maladie nationale.
Gouvernance et groupes sanitaires territoriaux : Mise en œuvre des groupes sanitaires territoriaux pour fluidifier les parcours et renforcer la coordination entre niveaux de prise en charge. L’État veut aussi « définir une nouvelle politique d’investissement et de financement au service de la qualité des soins », sortir du « tout T2A » et privilégier la qualité.
Le contexte : rattraper le retard
Ces annonces interviennent alors que le système subit une triple pression : démographique, épidémiologique et financière. Le déficit de la Sécurité sociale est estimé à 23 Mds € en 2025 en France, illustration des tensions mondiales. Au Sénégal, l’exécution du COMPACT Santé 2025 a montré des « progrès visibles » mais « des efforts significatifs restent à fournir » sur la planification et le financement.
Le Plan de redressement 2025-2028 prévoit déjà des « mesures fortes » dans la santé pour lutter contre les déserts médicaux et la pénurie de soignants. Les 2 500 recrutements et 65 milliards s’y inscrivent.
