Chaque année, la même équation : 810 000 à 860 000 moutons à trouver pour la Tabaski, dont 260 000 pour la seule région de Dakar. Longtemps, la réponse tenait en deux mots : Mali et Mauritanie. Mais la courbe s’inverse. En cinq ans, les importations ont chuté de 38,76 %, la production locale progresse, et l’État affiche l’objectif : l’autosuffisance. Reste à transformer l’essai en mutation profonde de la filière ovine.
Le gap se resserre : -38,76 % d’importations en 5 ans
Les chiffres parlent. Entre 2018 et 2023, les importations de moutons pour la Tabaski sont passées *lde 402 000 à 246 165 têtes, soit -38,76 %. Sur les 854 000 moutons enregistrés sur les points de vente en 2023, seuls 246 000 venaient des pays frontaliers. Le marché a atteint un taux d’approvisionnement de 105,47 % par rapport à l’objectif de 810 000 têtes.
Pour la Tabaski 2025, l’objectif de 830 000 moutons a été « largement dépassé ». Pour 2026, il est fixé à 860 000 têtes, dont 260 000 pour Dakar. La demande totale annuelle du pays avoisine 2 millions de moutons, 860 000 via les marchés et 1 240 000 en autoconsommation. La filière Tabaski pèse plus de 300 milliards F CFA par an, dont 142 milliards générés sur les marchés.
« Nous sommes sur la voie de l’autosuffisance en moutons, grâce à une augmentation de la production locale », martèle Assane Guèye, adjoint au Gouverneur de Dakar. Le Sénégal n’importe plus que 15 % de ses besoins, soit 250 000 à 300 000 moutons de Mauritanie, Mali, Burkina et Niger, pour 36 milliards F CFA.
Pourquoi le déficit persiste : démographie, races et systèmes
Le cheptel ovin national est estimé à 644 000 moutons aptes à la Tabaski, face à une demande de *810 000. Le gap de 35 % est comblé par l’import. Trois systèmes coexistent : extensif pastoral, agropastoral et intensif périurbain. Ce dernier ne regroupe que 3 % des ovins mais monte en puissance avec les élevages de « ladoum », « bali-bali » ou « touabir » destinés au haut de gamme.
L’État active plusieurs programmes : PRONAM, PRAPS, PDEPS, PCAE, PNDIES, IMAM 2 avec l’AMS et HEIFER. L’objectif du Plan Sénégal Émergent et de la Stratégie nationale de souveraineté alimentaire 2024-2028 est clair : « accélérer les actions de développement de la chaîne de valeur ovine ».
Le Premier ministre a exigé « un plan d’actions visant à atteindre, dans les meilleurs délais, l’autosuffisance du Sénégal en production de moutons pour la Tabaski », en s’appuyant sur les potentialités locales et en corrigeant les faiblesses. Le ministre Mabouba Diagne parle d’un « engagement renforcé de tous les acteurs » alors que la production locale « continue de progresser ».
La Tabaski 2026 visera 860 000 moutons. Si la tendance se confirme, le Sénégal pourrait bientôt n’importer que le surplus… ou exporter le sien. Le « déclic vers l’autosuffisance » est là. Il faut maintenant le transformer en décollage.
