Le Sénégal est en « panne sèche ». Depuis plusieurs semaines, la Banque africaine de développement (BAD) a fermé le robinet : plus aucun décaissement sur les 39 projets qu’elle finance dans le pays. En cause : un défaut de paiement de l’État sur des échéances arrivées à terme. Résultat : 1 630 milliards F CFA gelés, des chantiers vitaux suspendus et des agents sans salaire depuis trois mois.
Le gel : 1 630 milliards et 39 projets paralysés
L’alerte vient du quotidien _Les Échos_, dans son édition du mardi 21 avril 2026 : « depuis un certain moment, la Banque africaine de développement (BAD) a bloqué ses décaissements parce que l’État du Sénégal n’a pas payé ses échéances arrivées à terme ».
Le portefeuille de la BAD au Sénégal pèse 1 630 milliards F CFA pour 39 opérations actives au 30 juin 2024. Répartition : 30 % dans les transports, 20 % dans l’agriculture, 15 % dans le secteur financier, le reste dans l’énergie, l’eau-assainissement et les TIC. Sur ces 1 630 milliards, 1 550 milliards concernent le secteur public, soit 95 % des engagements.
Le blocage frappe donc l’essentiel des grands chantiers : infrastructures, électrification rurale, agropoles, hydraulique… Des projets « clés » aujourd’hui à l’arrêt.
L’impact humain et économique : salaires impayés, entreprises asphyxiées
Premier dommage collatéral : les travailleurs. Les agents engagés sur les programmes BAD sont « sans salaire depuis plus de trois mois, avec tout ce que cela engendre sur le plan social ».
Côté entreprises, le choc est « brutal ». Faute de paiements, elles ne peuvent plus exécuter les marchés obtenus. Certaines se sont lourdement endettées auprès des banques et se retrouvent dans une « situation encore pire ». Résultat : les chantiers accusent des retards en cascade, alors que le gouvernement prône une politique de « tolérance zéro » sur les délais. 2d658df1
Pourquoi ce blocage? La dette et les échéances non honorées
La BAD n’est pas le seul créancier inquiet. Le Sénégal traverse une zone de fortes turbulences financières depuis la révélation, fin 2024, d’une dette « cachée » de près de 7 milliards de dollars héritée du régime précédent. Le déficit budgétaire 2023, annoncé à 4,9 % du PIB, était en réalité de 12,3 %. La dette publique est passée de 99,65 % à *132 % du PIB fin 2024* selon le FMI et Dakar.
Dans ce contexte, la BAD applique ses règles : pas de décaissement si les contreparties ou les échéances ne sont pas honorées. Un problème récurrent pointé depuis des années : l’État peine à mobiliser sa contrepartie budgétaire. « Parfois, l’engagement est pris par le Sénégal, sans qu’il soit prévu dans le budget ». 236b
Un partenaire historique qui coupe les vivres
Le paradoxe est cruel. La BAD est « l’un des partenaires les plus importants en termes de coopération financière ». Depuis 1972, elle a approuvé 132 opérations pour plus de *2 470 milliards F CFA*. Rien qu’en 2024, son portefeuille actif atteignait 1 630 milliards.
Elle finance la souveraineté alimentaire, les chaînes de valeur, les infrastructures, l’énergie, l’eau… « La BAD contribue à la souveraineté alimentaire, au développement des chaînes de valeur, à la création d’emplois ». Couper ce flux, c’est couper un poumon du Plan Sénégal Émergent et de l’Agenda national de Transformation.
La riposte du gouvernement : financements souverains et APE
Face à l’étranglement, l’exécutif mise sur le « financement souverain ». Lors du Conseil des ministres du 15 avril 2026, le Premier ministre a indiqué l’option de financer en ressources endogènes des segments clés : énergie, hydraulique, agropoles, portuaire, aéroportuaire.
La réussite de l’Appel public à l’Épargne (APE) conforte cette stratégie : 450 milliards F CFA mobilisés, soit 150 milliards de plus que l’objectif initial de 300 milliards. En 2025, Dakar a levé 2 225 milliards sur les marchés des titres publics de l’UEMOA et 1 779 milliards via quatre APE. Pour 2026, l’État prévoit d’emprunter 4 132 milliards, dont 2 752 milliards sur les marchés et 1 200 milliards par APE.
