Ce mardi, les rues de Kaffrine ont résonné des pas de plusieurs centaines d’enfants talibés. Coiffes blanches, boubous propres, pancartes à la main : « Mon droit, c’est d’apprendre », « Protégez-moi ». La randonnée pédestre, première du genre dans la région, a lancé la journée départementale de sensibilisation à la protection des enfants talibés. Objectif : rendre visibles ceux qu’on ne voit que la sébile à la main.
Mettre les talibés au centre, une fois sans mendier
L’initiative s’inscrit dans la dynamique du Projet _Children for Change_ (C4C), piloté par SOS Villages d’Enfants avec le soutien de la coopération belge. À Kaffrine, 1 015 enfants talibés issus de 43 daaras sont intégrés au projet, dont 553 à Diokoul et 381 à Kaffrine commune. L’idée : « garantir les droits fondamentaux des enfants talibés et les protéger contre toute forme de violence, abus, exploitation et négligence ».
La randonnée n’est pas qu’un symbole. Elle ouvre une journée d’activités : consultation médicale, distribution de kits d’hygiène, sensibilisation des marabouts et des familles, plaidoyer auprès des autorités. « La place de ces enfants n’est pas dans la rue », rappelle Mamadou Wane, coordonnateur de la Plateforme pour la Promotion et la Protection des Droits Humains (PPDH).
Le département de Kaffrine concentre *10 812 enfants en situation de mendicité répartis dans 324 écoles coraniques, selon la cartographie du CDPE. C’est le chiffre le plus élevé de la région, devant Koungheul (7 979), Birkilane (6 512) et Malem Hodar (5 491). À l’échelle nationale, Human Rights Watch estime à 100 000 le nombre de talibés contraints de mendier chaque jour.
Pourtant, « d’importants progrès ont été enregistrés » localement. Grâce au C4C et à d’autres interventions, les 24 daaras ciblées à Diokoul Mbelbouck et Kaffrine ont reçu nattes, matelas, moustiquaires, barils, lave-mains, lampes solaires et latrines. 211 documents d’état civil ont été régularisés, 570 talibés ont intégré 35 classes d’écoles communautaires de base (ECB) pour apprendre à lire, écrire et compter. Chaque daara dispose désormais d’une boîte à pharmacie, et tous les enfants sont enrôlés dans les mutuelles de santé.
La randonnée de ce mardi s’est voulue « sportive, citoyenne et revendicative ». Les messages portés : droit à l’état civil — 61 % des moins de 5 ans ne sont pas déclarés dans la région —, droit à la santé, à l’éducation, à la protection contre la violence et l’exploitation économique.
