À la veille de l’examen en séance plénière des projets de loi n°15/2026 portant Code du travail et n°16/2026 portant Code de la sécurité sociale, la contestation s’intensifie. Dans une lettre ouverte adressée aux députés de la XVe législature de l’Assemblée nationale, le coordonnateur du Collectif interministériel des agents de l’administration sénégalaise (CIAAS), Omar Dramé, appelle les parlementaires à surseoir à l’adoption de ces textes qu’il juge lourds de conséquences pour les travailleurs sénégalais.
« L’heure est d’une gravité exceptionnelle pour le monde du travail au Sénégal. En choisissant d’examiner et d’adopter ces textes aux lourdes conséquences dans une opacité totale, sans que les versions définitives aient été communiquées aux partenaires sociaux, une rupture majeure du dialogue social s’est opérée.
Nous tenons à attirer votre précieuse attention sur les manquements intolérables que contiennent ces projets de réforme », indique M. Dramé.
La lettre pointe notamment une violation présumée de la convention n°144 de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui prévoit la consultation des organisations représentatives des travailleurs et des employeurs sur les questions relatives à la législation sociale. Il relève également que cette démarche est en contradiction avec les engagements contenus dans le Pacte national de stabilité sociale.
Au cœur des inquiétudes figure la réforme envisagée du contrat à durée déterminée (CDD). « Les travailleurs contractuels constituent la force de travail de notre pays. En votant ces projets en l’état, vous risquez d’ouvrir un boulevard législatif à la précarisation extrême de l’emploi et à la régression sociale. La réforme prévoit notamment de porter la durée du contrat à durée déterminée (CDD) de deux à quatre ans, renouvelable trois fois. Pour un travailleur sénégalais, adopter une telle disposition signifie l’obligation de subir : 12 longues années de précarité institutionnalisée ; 144 mois d’instabilité au quotidien ; environ 4 380 jours d’anxiété et de manque de considération avant de pouvoir espérer décrocher un Contrat à durée indéterminée (CDI) », alerte M. Dramé.
Pour Omar Dramé, une telle mesure compromettrait la stabilité professionnelle et sociale de milliers de travailleurs. Ils soulignent les difficultés qu’un salarié sous contrat précaire pourrait rencontrer pour accéder au logement, au crédit bancaire ou pour planifier sereinement l’avenir de sa famille.
L’auteur de la lettre met également en garde contre les risques de tensions sociales. Il rappelle que plusieurs centrales syndicales regroupées au sein du Front syndical pour la défense du travail ont déjà exprimé leur opposition à ces réformes. Une assemblée générale est annoncée pour le 3 juillet 2026 afin de définir les modalités de la riposte, avec la perspective d’un mot d’ordre de grève générale de 24 heures le 10 juillet 2026.
Face à cette situation, les signataires exhortent les députés à faire preuve de prudence et de responsabilité en reportant l’adoption des textes jusqu’à l’obtention d’un consensus national impliquant l’ensemble des partenaires sociaux. « Le peuple sénégalais vous regarde. Les travailleurs et leurs familles comptent sur votre sursaut patriotique », lit-on dans la lettre.
