Les autorités assurent avoir repris le contrôle de la situation après plusieurs heures de combats entre des soldats mutinés et des unités restées loyales au général Abdourahamane Tiani.
Alors que les détachements militaires visibles encore à certains points stratégiques laissent penser que la tension demeure, dans plusieurs quartiers de la capitale, les habitants ont retrouvé une activité presque normale. Les principaux axes menant à l’aéroport international Diori Hamani ont été rouverts et de nombreux commerces ont repris leurs activités.
Face à la résistance des mutins qui s’étaient retranchés dans la base 101, située dans le complexe de l’aéroport international, le pouvoir militaire a sollicité l’aide de ses alliés russes du groupe Africa Corps qui ont permis de « réprimer la mutinerie », selon les mots de l’ambassadeur russe à Niamey, Viktor Voropaïev.
La Base 101 au cœur de la crise
L’épicentre de la mutinerie a été la Base aérienne 101, située dans l’enceinte de l’aéroport international de Niamey. Des militaires issus principalement des forces spéciales ont réussi à s’emparer de cette installation stratégique dans la nuit de vendredi à samedi. Grâce à cela, d’autres sites sensibles, notamment le palais présidentiel et la télévision nationale étaient devenus vulnérables.
Les mutins espéraient visiblement obtenir le ralliement d’autres unités de l’armée, mais ce soutien ne s’est finalement pas matérialisé. La garde présidentielle est restée fidèle au général Tiani et a contribué à contenir l’offensive.
L’appui d’Africa Corps
Après plusieurs heures d’affrontements, les forces loyalistes ont repris le contrôle de la Base 101 avec l’appui d’Africa Corps, le dispositif militaire russe présent au Niger. L’ambassadeur de Russie à Niamey a confirmé que les autorités nigériennes avaient sollicité l’aide de ce partenaire pour neutraliser les mutins.
Des images diffusées par la télévision nationale ont montré plusieurs dizaines de soldats se rendant aux forces gouvernementales. Selon des sources sécuritaires, certains mutins ont été tués tandis que d’autres ont été arrêtés. Les opérations d’interpellation se poursuivaient encore dimanche (30.08.2026).
Un malaise dans les rangs militaires
Au-delà de l’échec de la mutinerie, de nombreuses questions demeurent sur ses motivations et sur l’état de l’armée nigérienne.
Les militaires impliqués appartiendraient en grande partie aux forces spéciales, considérées comme l’élite des forces armées du pays. Ces unités sont déployées depuis plusieurs années sur les principaux fronts de la lutte contre les groupes djihadistes, notamment dans la région de Tillabéri et dans la zone dite des « trois frontières », à la jonction entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso.
Des experts joints par DW estiment que cet épisode met en lumière des tensions internes au sein de l’institution militaire.
Selon Mamadou Mouth Bane, auteur de plusieurs ouvrages consacrés au djihadisme et à la criminalité au Sahel « le président Tiani a engagé des réformes qui consistent à accorder une primauté institutionnelle et budgétaire à la garde présidentielle. Or, les hommes qui sont au front, les vrais soldats sont délaissés. Ils se sentent mal considérés par les autorités comparé au traitement qui est réservé à la Garde présidentielle. C’est ce qui est à l’origine de cette mutinerie, parce qu’il y a beaucoup d’hommes morts au front et rien n’a été fait pour eux. Il y a aucun projet pour eux. Il n’y a pas de motivation, il y a rien. Donc, c’est ce qui explique cette mutinerie car la Garde présidentielle est l’enfant gâté de la République, ses soldats sont mieux traités parce que ce sont eux qui garantissent la sécurité du haut commandement du pouvoir militaire. »
Pour Pape Ibrahima Kane, chargé de programme au LASPAD (Laboratoire d’analyse des sociétés et pouvoirs / Afrique – Diasporas) de l’Université Gaston Berger de St-Louis du Sénégal, « l’intervention des forces paramilitaires russes de l’Africa Corps a sauvé hier (29.08.26, ndlr) le pouvoir militaire nigérien ».
Sans leur intervention, le gouvernement aurait été renversé, a-t-il déclaré dans une interview accordée à la DW, soulignant « que l’armée nigérienne serait trop faible pour défendre l’État. De plus, elle serait confrontée à des problèmes internes.”
D’autres analystes évoquent des frustrations liées aux pertes enregistrées ces derniers mois dans les opérations antiterroristes, mais aussi à la conduite de la guerre et aux conditions de déploiement des soldats engagés sur le terrain.
Auteur: La rédaction francophone de la DW
