À peine vingt jours se sont écoulés depuis que l’Algérie a annoncé, le 9 août 2026, la livraison au Niger de quatre hélicoptères militaires, accompagnés de munitions, de pièces détachées et d’équipements de maintenance. Or, voilà que la base aérienne 101 de Niamey, où ce matériel a été réceptionné, devient l’un des principaux théâtres d’une nouvelle tentative de coup d’État ayant ébranlé la capitale nigérienne.
Alger avait alors présenté cette opération comme un «don» destiné à renforcer les capacités de l’armée nigérienne et à l’aider à faire face aux menaces sécuritaires. Mais les événements imposent désormais une série de questions aussi simples que graves, où se trouvent aujourd’hui ces hélicoptères? Qui en détient le contrôle? Ont-ils été utilisés pendant la mutinerie ou sont-ils tombés entre les mains des militaires insurgés? Et qu’est-il advenu des munitions et des équipements acheminés à Niamey par un avion-cargo militaire algérien?
À ce stade, aucun élément rendu public ne permet d’affirmer que l’Algérie a directement participé à la tentative de putsch, ni que les appareils qu’elle a livrés ont été utilisés par les mutins. Mais cette absence de preuve n’efface nullement l’écrasante responsabilité politique d’un régime qui continue d’injecter des armes dans une région minée par les coups d’État, les groupes armés et les fractures internes aux armées nationales, avant de se présenter, avec une assurance déconcertante, comme le gardien de la stabilité au Sahel.
C’est là le visage familier d’un régime militaire qui a fait de l’armement l’un de ses instruments privilégiés d’influence régionale. Alors que les populations du Sahel ont besoin d’écoles, d’hôpitaux, d’infrastructures, d’eau potable et d’emplois, le pouvoir algérien considère que la meilleure «assistance» à apporter à un pays assis sur une poudrière consiste à lui fournir des hélicoptères d’attaque, des munitions et du matériel de combat.
Le Niger ne constitue d’ailleurs qu’un nouvel épisode d’une politique ancienne. Au Maroc, le régime algérien héberge, arme, finance et soutient diplomatiquement le Front Polisario, tout en continuant de prétendre que ce conflit ne le concerne pas. La contradiction est flagrante, l’Algérie affirme ne pas être partie au différend, mais accueille la direction du mouvement sur son territoire, met les camps et les tribunes à sa disposition, défend ses thèses au sein des institutions internationales et lui consacre des ressources considérables, au détriment des besoins sociaux du peuple algérien.
Au Mali, les relations entre Alger et les nouvelles autorités ont plongé dans une crise profonde, sur fond d’accusations réciproques d’ingérence et de soutien à des groupes armés ou hostiles au pouvoir central. Au lieu de construire la confiance avec ses voisins, le régime algérien a accumulé les tensions, les soupçons et les antagonismes, au point que son nom se retrouve désormais associé à la plupart des foyers de crise de la région, Sahara marocain, Mali, Niger, Libye et ensemble du Sahel.
Le problème n’est pas qu’un État fournisse une assistance militaire à un autre État. Cette pratique existe dans les relations internationales. Le véritable problème consiste à livrer des armes à un pays dont l’institution militaire est traversée par de profondes divisions, sans rendre publiques les garanties permettant de contrôler leur utilisation ni préciser quelle autorité en conserverait la maîtrise si un affrontement éclatait au sein de l’armée elle-même.
La tentative de putsch de Niamey expose brutalement les dangers d’une telle imprudence. Les hélicoptères livrés sous la bannière de la «lutte contre le terrorisme» se sont retrouvés, en l’espace de quelques heures, au cœur d’un environnement marqué par l’affrontement entre deux composantes militaires se disputant le pouvoir. La question ne porte donc plus seulement sur les intentions d’Alger, mais également sur la responsabilité et la pertinence de sa décision, l’Algérie a-t-elle sérieusement évalué les risques liés à la livraison d’hélicoptères d’attaque et de munitions à une armée profondément fragilisée? Ou cherchait-elle avant tout à acheter de l’influence et à afficher sa présence militaire dans le Sahel?
Le pouvoir algérien a bâti une grande partie de son discours extérieur sur la dénonciation des prétendues ingérences étrangères et sur l’accusation systématique des autres pays de vouloir déstabiliser la région. Pendant ce temps, il distribue des armes, soutient des mouvements séparatistes et multiplie les alliances avec des régimes issus de coups d’État. Puis, chaque fois qu’une nouvelle crise éclate, il se réfugie derrière les slogans commodes de «souveraineté» et de «non-ingérence».
Ce qui vient de se produire à Niamey interpelle directement l’Algérie sur la nature, les conséquences et la destination de son assistance militaire. Le régime algérien doit désormais expliquer à l’opinion publique ce qu’il est advenu des quatre hélicoptères et des munitions livrés vingt jours seulement avant la mutinerie, identifier l’autorité qui les contrôle et révéler les garanties obtenues avant leur transfert.
La stabilité ne se construit pas en inondant d’armes des régimes issus de coups d’État. La souveraineté ne consiste pas à financer le séparatisme chez les voisins. Et le bon voisinage ne se pratique pas en transformant le Sahel en arène d’influence militaire.
Un régime qui voit dans chaque crise une occasion d’étendre son emprise et dans chaque différend une possibilité d’armer un camp contre un autre ne peut raisonnablement se présenter comme un artisan de paix. Il devient, par ses choix et ses contradictions, une composante structurelle du désordre qu’il prétend combattre.
