Après la publication de statistiques alarmantes, la footballeuse Nchout Njoya Ajara dénonce un silence complice face à une vague tragique de meurtres de femmes. La quête de justice se heurte à une législation encore embryonnaire.
60 femmes qui auraient été tuées dans le pays, et ces données seraient en perpétuelle hausse. Si 50 représentantes du sexe féminin avaient officiellement perdu la vie en 2023 du fait de violences sexistes, elles auraient été 67 en 2024 et 77 en 2025.
Les statistiques – et l’annonce d’un nouveau cas le 25 août qui s’apparenterait à un crime de tueur en série – ont poussé certaines personnalités à monter au créneau, comme la footballeuse Nchout Njoya Ajara. La sportive passée par l’Atlético Madrid et l’Inter Milan a particulièrement marqué les esprits avec une formule choc, sur ses réseaux sociaux : « Être une femme au Cameroun ne devrait jamais être un risque. » Et d’ajouter que « le silence », face à « la vague tragique de féminicides », est « synonyme de complicité ».
Justice aphone ?
Pour les internautes émus par les récentes violences faites aux femmes, il s’agit de prier et d’appeler à une mobilisation collective. Il s’agit également d’interroger le cadre juridique à disposition des acteurs féministes, et donc d’interroger, par ricochet, la volonté politique. Jusqu’à maintenant, le Code pénal camerounais ne reconnaît pas explicitement le terme de « féminicide », en tant que meurtre ou assassinat spécifiquement perpétré contre une femme, en raison de son sexe ou dans un contexte de violences sexistes.
Certes, en 2023, le gouvernement camerounais a initié le processus d’élaboration d’un « projet de loi spécifique aux violences faites aux femmes et aux filles ». Mais la démarche n’a pour l’instant débouché sur aucune loi particulière. Accusée de passivité par l’opposition, la ministre de la Promotion de la femme et de la famille, Marie-Thérèse Abena Ondoa, invoque l’impériosité d’aboutir à un « document dans lequel tout le monde se reconnaisse ».
