Dans une lettre adressée au président du Conseil de sécurité, le Front Polisario rejette le projet de résolution américain sur le Sahara occidental et menace de se retirer du processus de paix si le texte était adopté sans modifications substantielles. Le mouvement conteste notamment le rôle accordé à la proposition d’autonomie marocaine et l’élargissement envisagé des consultations des acteurs sahraouis.
Le Front Polisario hausse le ton face au projet de résolution américain sur le Sahara occidental. Dans une lettre adressée au président du Conseil de sécurité, le mouvement affirme que le texte, élaboré par les États-Unis, reflète pleinement la position de Washington sur le différend, notamment sa reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le territoire.
Le Polisario qualifie le projet de «nouvelle dérive dangereuse et sans précédent», estimant qu’il s’écarte des principes du droit international qui, selon lui, doivent encadrer le règlement de la question du Sahara occidental. Il considère également que plusieurs de ses dispositions risquent de «saper les fondements du processus de paix des Nations unies au Sahara et d’affecter le statut international du territoire».
Le mouvement prévient que le projet ne saurait servir de base aux délibérations sur la MINURSO ou sur le processus politique. Il affirme qu’en cas d’adoption du texte sans «modifications substantielles et significatives», il n’aurait d’autre choix que de se retirer entièrement du processus de paix.
Le Polisario conteste le cadre des négociations
L’un des principaux points de désaccord concerne la proposition d’autonomie marocaine. Le projet américain prévoit d’en faire l’unique base des négociations entre les parties au conflit et affirme qu’une véritable autonomie sous souveraineté marocaine constitue la seule solution envisageable à la question du Sahara occidental.
Le Polisario rejette toute approche qui, selon lui, fixerait à l’avance le cadre des discussions et en prédéterminerait l’issue. Il estime qu’une telle démarche restreindrait l’exercice du droit à l’autodétermination des Sahraouis et reviendrait à imposer une solution sans leur consentement.
Le mouvement conteste également le recours à la résolution 2797 de 2025 comme principal cadre de référence. Il estime que l’examen du dossier doit tenir compte de l’ensemble des résolutions pertinentes des Nations unies. Cette position intervient alors que le Polisario avait auparavant salué certaines dispositions de la résolution 2797, qu’il présentait comme compatibles avec ses revendications en matière d’autodétermination.
Le projet américain prévoit par ailleurs de mettre fin au mandat de maintien de la paix de la MINURSO le 30 avril 2027, avant de transformer la mission en mission politique spéciale à compter du 1er mai. Il prévoit également une réduction d’au moins 50 % des effectifs militaires autorisés d’ici au 31 janvier 2027.
Le Polisario met en garde contre toute modification du mandat de la mission qui irait dans le sens de la position marocaine et compromettrait, selon lui, les efforts internationaux visant à parvenir à un règlement du conflit.
L’élargissement des consultations sahraouies contesté
Le projet américain demande également à l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, de consulter un large éventail de composantes et d’interlocuteurs sahraouis, y compris des acteurs extérieurs aux parties officiellement engagées dans les négociations.
Ces consultations concerneraient les Sahraouis vivant sur le territoire, dans les camps de réfugiés ou au sein de la diaspora. Leurs résultats devraient être intégrés aux rapports du secrétaire général des Nations unies.
Cette disposition ouvre la voie à un élargissement des consultations au-delà des interlocuteurs directement impliqués dans le processus de négociation. Elle intervient dans un contexte où l’administration Trump a engagé un dialogue avec le Mouvement sahraoui pour la paix, issu d’une scission du Polisario.
Dans sa lettre, le Front revendique le statut de représentant exclusif du peuple sahraoui et s’oppose à toute démarche susceptible, selon lui, de remettre en cause cette position.
Le projet américain, qui fait également référence à l’absence d’engagement substantiel de l’une des parties dans les négociations (ndlr : le Polisario), prévoit que le Conseil de sécurité puisse envisager des mesures supplémentaires si les protagonistes ne participent pas de manière constructive au processus politique.
