L’affaire Keur Massar, qui a déjà conduit en prison l’animateur Pape Cheikh Diallo et l’artiste Djiby Dramé, continue de s’étendre. Après les douze interpellations des 4, 5 et 6 février 2026, l’enquête de la Brigade de Recherches de Keur Massar franchit un nouveau palier : plusieurs nouveaux « partenaires » de Djiby Dramé ont été arrêtés. Parmi eux, un agent administratif. Le dossier, déjà explosif, prend des allures de scandale tentaculaire.
Le point de départ : un réseau, 12 arrestations, 6 séropositifs
Tout part d’un renseignement exploité début février 2026 : un individu séropositif « continuait à s’adonner à des actes contre nature » en connaissance de cause. Interpellé le 4 février, il reconnaît avoir « sciemment contaminé une dizaine de personnes » contactées via des groupes WhatsApp.
L’exploitation de son téléphone et les auditions en chaîne font tomber les dominos : 2 partenaires le même jour, 5 autres le 5 février, 4 de plus le 6 février. Bilan : 12 personnes placées en garde à vue pour « association de malfaiteurs, actes contre nature, transmission volontaire du VIH/sida par rapports sexuels non protégés et mise en danger de la vie d’autrui ».
Sur les 12, 6 sont déclarées séropositives, 2 en attente de confirmation, 4 séronégatives. Parmi les noms cités : Pape Cheikh Diallo, Djiby Dramé, mais aussi Ibrahima Camara, Adama Diallo, Mansour Bassirou Baldé, Mamadou Gning, Sana Ba, Bachir Ka, Bekaye Faye, Bekaye Ndiaye, Doudou Lamine Dieng et Cheikh Ahmadou Tidiane Diallo. Tous sont sous mandat de dépôt. Le procureur a ajouté le blanchiment de capitaux aux chefs d’inculpation.
Comment Djiby Dramé est tombé : le téléphone qui parle
L’artiste chanteur n’a pas été arrêté au hasard. Après l’interpellation de Mamadou Gningue, celui-ci cite Djiby Dramé « comme étant son amant ». L’exploitation du téléphone du musicien révèle à son tour des échanges avec un banquier, Doudou Lamine Dieng. Ce dernier avait déjà dénoncé Pape Cheikh Diallo.
La Gendarmerie confirme : les enquêteurs disposeraient d’une « liste de contacts et de messages compromettants ». Djiby Dramé est « soupçonné d’avoir fréquenté ce cercle restreint où se mêlaient, selon l’accusation, actes contre nature et mises en danger de la vie d’autrui ».
La liste s’allonge : un agent administratif arrêté
L’enquête ne s’est pas arrêtée aux 12 premiers. « Une nouvelle vague d’arrestations est attendue cette semaine », annonçait _Le Échos_. Après des aveux sur un « pacte sexuel », un deuxième « partenaire » de Djiby Dramé et un troisième « partenaire » d’Ibrahima Magib Seck ont été placés sous mandat de dépôt.
Selon des sources proches du dossier, quatre nouveaux mandats de dépôt et une nouvelle arrestation ont été enregistrés, « tous en lien avec des amants de mis en cause ». Parmi les nouveaux interpellés figure un agent administratif, dont l’identité n’a pas filtré. Son profil rallonge la liste déjà éclectique : animateur télé, artiste, banquier, enseignant, commerçant, et désormais fonctionnaire.
Le mécanisme : groupes WhatsApp, rencontres, contamination
Le mode opératoire décrit par la Gendarmerie est identique : contacts noués via des groupes WhatsApp et des sites de rencontres, rapports sexuels non protégés alors que plusieurs mis en cause « étaient au courant de leur statut de séropositifs ». L’article 36 du Code pénal punit de 5 à 10 ans de prison et de 2 à 5 millions F CFA d’amende « toute personne qui, connaissant son statut sérologique positif et les modes de transmission du VIH, entreprend des rapports sexuels non protégés avec l’intention de transmettre le virus ».
Le procureur Saliou Dicko a ordonné « des tests médicaux approfondis pour l’ensemble des mis en cause ». La justice est « particulièrement rigoureuse » sur le volet transmission du virus : si la culpabilité est retenue, les peines encourues sont criminelles.
Un dossier « tentaculaire » et sensible
La Brigade de Recherches de Keur Massar parle d’un « réseau structuré » et poursuit « activement l’enquête en vue de démanteler l’ensemble du réseau et de situer toutes les responsabilités ». L’affaire mêle célébrités, VIH, WhatsApp et mise en danger d’autrui : de quoi alimenter la « pression médiatique énorme » dénoncée par Me Kandiack François Senghor, avocat de Djiby Dramé.
Ce dernier conteste : « Il n’y a aucune preuve, aucun flagrant délit ». Mais pour l’heure, le juge d’instruction du premier cabinet a suivi le réquisitoire et placé tous les inculpés sous mandat de dépôt. Une information judiciaire est ouverte.
La Gendarmerie indique que l’enquête se poursuit « afin d’identifier d’éventuels complices ». Avec l’arrestation d’un agent administratif, la liste des « partenaires » de Djiby Dramé n’a visiblement pas fini de s’allonger. Le parquet de Pikine-Guédiawaye devra démêler les ramifications d’un dossier où se croisent vies privées, santé publique et droit pénal.
